<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><rss version="2.0" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"><channel><title>les cendres d&apos;A</title><link>http://lescendresda.canalblog.com/</link><description>blog litt&#xe9;raire</description><language>fr</language><lastBuildDate>Thu, 12 Nov 2009 12:21:33 GMT</lastBuildDate><generator>CanalBlog - http://www.canalblog.com</generator><item><title>carnaval en for&#xea;t</title><dc:creator>lescendresda</dc:creator><link>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2009/04/15/13396342.html</link><comments>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2009/04/15/13396342.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lescendresda.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/13396342/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lescendresda.canalblog.com/archives/2009/04/15/13396342.html</guid><description>&lt;p&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Aujourd’hui, c’est Carnaval. Albertine a aid&#xe9; ses filles &#xe0; enfiler les costumes qu’elle-m&#xea;me a confectionn&#xe9;s pour l’occasion. Cela lui a pris deux journ&#xe9;es enti&#xe8;res, mais &#xe7;a vaut le coup.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il fait un soleil radieux, et un air chaud fait voleter le papier cr&#xe9;pon des costumes des grands. Ils portent tous des maracas constitu&#xe9;s de deux pots de yaourts sur lesquels ils ont coll&#xe9; des gommettes, et se mettent en route avec enthousiasme, agitant avec &#xe9;nergie leurs instruments rudimentaires. Sous leur costume confectionn&#xe9; en classe, ils ont chacun rev&#xea;tu leur d&#xe9;guisement pr&#xe9;f&#xe9;r&#xe9;. Un pingouin maigrichon donne la main &#xe0; un cow-boy dont la moustache fondue lui fend la bouche en une balafre grima&#xe7;ante, une petite mouche dont l’aile pendouille remonte ses bretelles &#xe0; chaque pas. Plus loin, la fille de la boulang&#xe8;re se fait sermonner pas sa m&#xe8;re, qui pour l’occasion l’a rev&#xea;tue d’un tutu rose et d’une combinaison trop &#xe9;troite qu’elle a craqu&#xe9;e aux fesses. Christophe, l’instituteur, ouvre la marche. Comme d’habitude, il avance d’un pas lent, se retournant parfois vers la file qui le suit pour voir si tout va bien, et Albertine observe un moment son profil parfait et ses yeux doux se poser d&#xe9;licatement sur les petites t&#xea;tes coiff&#xe9;es d’un chapeau en carton qu’ils ont eux-m&#xea;mes d&#xe9;cor&#xe9;. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le temps &#xe9;tant prometteur, Christophe a propos&#xe9; de partir plus t&#xf4;t que d’habitude, juste apr&#xe8;s le retour de la cantine et de prolonger le d&#xe9;fil&#xe9; qui traverse le village jusqu’&#xe0; la for&#xea;t, dans laquelle parents et enfants vont partager les tartes et g&#xe2;teaux que les mamans ont pr&#xe9;par&#xe9;s pour l’occasion. Au bout du village, derri&#xe8;re l’&#xe9;glise, il suffit de continuer sur la route et au premier virage on trouve un petit chemin qui serpente &#xe0; travers les bois et atterrit &#xe0; une gentille clairi&#xe8;re, de laquelle on a une superbe vue sur le village en contrebas.&amp;nbsp; Albertine admire ses filles au milieu de la petite troupe des princesses roses bonbon. Elles ont un masque de chat peint sur le visage et secouent avec timidit&#xe9; leur baguette au bout de laquelle une &#xe9;toile d’aluminium laisse s’&#xe9;chapper des gerbes de ratafia. La joyeuse troupe chante un air de f&#xea;te :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Arlequin dans sa boutique&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Sur les marches du palais&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il enseigne la musique&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; A tous ses petits valets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; D&#xe8;s qu’ils ont quitt&#xe9; la route et se sont enfonc&#xe9;s dans la for&#xea;t, le bruit des p&#xe9;piements des enfants m&#xea;l&#xe9;s aux conversations des parents s’est assourdi. Un vent chaud souffle dans les branches et les grands arbres, qui ont encore leur aspect d&#xe9;charn&#xe9; de l’hiver malgr&#xe9; les bourgeons qui enflent sur leurs branches osseuses, font une danse m&#xe9;lancolique et suave entre le soleil et les nuages qui traversent le ciel en de longues tra&#xee;n&#xe9;es cotonneuses. La troupe festive a l’air soudain de petites marionnettes color&#xe9;es perdues dans l’immensit&#xe9; de la for&#xea;t. Comme charm&#xe9;s par ce pr&#xe9;lude printanier, les enfants se sont tus et laissent pendre au bout de leurs bras les maracas muets, et regardent d’un oeil neuf cette nature silencieuse, ponctu&#xe9;e des vols d’oiseaux qui &#xe9;bouriffent les buissons le long du chemin. Les petites filles soul&#xe8;vent leur jupe dans des poses d&#xe9;licates, marchent sur la pointe des pieds pour ne pas salir leurs jolis souliers, et les gar&#xe7;ons ont confi&#xe9; leurs instruments aux parents pour partir en qu&#xea;te du b&#xe2;ton parfait. La troupe a abandonn&#xe9; sa configuration urbaine et se d&#xe9;membre au fil de la promenade joyeuse. De petits groupes compacts, couleur bleue, rose, rouge des petits qu’entourent les grandes silhouettes noires et raides des parents, se d&#xe9;coupent parmi tout le vert presque criard de la nature renaissante. Albertine n’entend plus vraiment les conversations, ni m&#xea;me les petits cris des enfants qui fusent par moment, pour un genou &#xe9;rafl&#xe9; par une ronce, un soulier enfonc&#xe9; dans la boue, un b&#xe2;ton souffletant une joue. Elle se laisse envahir par la moiteur du soleil qui appara&#xee;t parfois derri&#xe8;re le voile des nuages, hume l’air sucr&#xe9; des herbes gorg&#xe9;es d’eau qui au soleil r&#xe9;pandent leurs fra&#xee;ches senteurs. Elle se sent bien, marchant au pas des petits qui rient, se laissant entra&#xee;ner par leur lenteur nonchalante et elle ferme les yeux, parfois, s’enivrant des bons parfums qui sortent de la terre, &#xe9;coutant &#xe0; travers le joyeux brouhaha des enfants les oiseaux qui enfin sont revenus et mettent fin au silence angoissant de l’hiver. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; En rouvrant les yeux, elle voit au loin Christophe qui s’est retourn&#xe9; et la regarde en souriant. Timidement, elle lui rend alors son sourire, se disant que cet homme doux et timide, sensible et cultiv&#xe9;, est sans doute le seul avec elle, dans cette assistance rurale habitu&#xe9;e au d&#xe9;roulement des saisons, qui sache appr&#xe9;cier la magie de cet instant. Et comme pour infirmer ou confirmer ce qu’elle se dit confus&#xe9;ment, sa voisine, la maman de la petite Suzon lui dit d’une voix masculine, &#xe0; l’accent normand marqu&#xe9;, qu’il y a bien longtemps qu’ils n’avaient pas eu un si beau temps pour leur d&#xe9;fil&#xe9; du carnaval, ajoutant que ce printemps pr&#xe9;coce ne serait pas forc&#xe9;ment bon pour les r&#xe9;coltes, et terminant en disant qu’apr&#xe8;s tout, hein, on verrait, il fallait profiter du soleil tant qu’il y en avait. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &#xab; Oui, r&#xe9;pond alors Albertine, guettant &#xe0; l’autre bout de la cha&#xee;ne disloqu&#xe9;e si le jeune instituteur tourne encore la t&#xea;te dans sa direction, nous avons beaucoup de chance. &#xbb;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Arriv&#xe9;s &#xe0; la clairi&#xe8;re, les groupes &#xe9;clatent et les enfants prennent possession des lieux, d&#xe9;limit&#xe9;s par les grands arbres qui forment tout autour un cercle presque parfait. Les parents se regroupent, cherchent parmi les herbes folles un endroit pas trop bossel&#xe9; et jettent les grandes couvertures poussi&#xe9;reuses pr&#xea;t&#xe9;es par la mairie, sur lesquels ils posent les plats, avant de s’installer eux-m&#xea;mes &#xab; pour souffler un peu &#xbb;. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; L’instituteur, ayant accept&#xe9; un verre de cidre de bonne gr&#xe2;ce, remercie les parents qui ont permis de faire de cet &#xe9;v&#xe9;nement une si belle aventure, et pose son doux regard sur Albertine, qui ne peut s’emp&#xea;cher de baisser les yeux. Puis, son verre termin&#xe9;, Christophe part comme un fou courir au milieu des enfants avec un sifflet, en signe de ralliement. A ce signal, les enfants &#xe9;parpill&#xe9;s se regroupent et &#xe9;coutent la voix suave et grave&amp;nbsp; de leur ma&#xee;tre leur proposer un jeu, Le facteur n’est pas pass&#xe9; . De grands cris d’enthousiasme fusent de tous c&#xf4;t&#xe9;s, quelques boudeurs isol&#xe9;s font la grimace. Un immense cercle est cr&#xe9;&#xe9;. Christophe demande aux parents s’ils ont un foulard &#xe0; pr&#xea;ter. Aussit&#xf4;t, plus vive que les autres, Albertine a d&#xe9;nou&#xe9; le sien et le tend &#xe0; l’instituteur, qui la remercie. Un instant, leurs doigts se touchent, et Albertine sent comme une d&#xe9;charge dans tout son corps. Le laissant partir, la jeune femme se demande s’il a senti, en le prenant, le parfum qu’elle d&#xe9;pose toujours dessus avant de le nouer autour de son cou. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Se m&#xea;lant au groupe des parents qui ont servi du caf&#xe9; qu’ils avaient conserv&#xe9; chaud dans une bouteille thermos, elle jette un oeil amus&#xe9; sur l’instituteur qui semble un grand enfant parmi les autres, courant et s’esclaffant comme eux, pr&#xe9;servant &#xe0; peine sa dignit&#xe9; d’adulte, et Albertine se demande s’il ne serait pas encore plus exub&#xe9;rant sans la pr&#xe9;sence des parents. Il lui prend l’envie d’aller le rejoindre, de faire elle aussi des concours de grimaces et des roulades pour les entra&#xee;ner &#xe0; s’amuser. Sentant sans doute qu’il est observ&#xe9; par les parents, l’instituteur reprend une posture plus s&#xe9;v&#xe8;re et sugg&#xe8;re fermement aux plus excit&#xe9;s de se calmer, et d’aller prendre une petite collation. Les enfants se ruent sur les couvertures qu’on leur a r&#xe9;serv&#xe9;s, et Christophe vient s’asseoir pr&#xe8;s d’Albertine, &#xe0; qui il rend le foulard humide et chiffonn&#xe9;. D’avoir couru ainsi dans tout le pr&#xe9;, il est tout essouffl&#xe9;. Ses cheveux collent &#xe0; ses tempes. Une l&#xe9;g&#xe8;re odeur de transpiration parvient &#xe0; Albertine qui se trouble et tourne la t&#xea;te. Quel grand enfant ! Il rit en se servant une part de g&#xe2;teau. Puis il redevient s&#xe9;rieux tout &#xe0; coup. Elle n’ose pas lui parler, m&#xea;me si elle meurt d’envie d’&#xe9;voquer avec lui cette douceur printani&#xe8;re qui la rend toute chose. Mais d&#xe9;j&#xe0;, alors qu’elle s’appr&#xea;tait &#xe0; d&#xe9;rouler devant lui ce qu’elle avait pr&#xe9;par&#xe9; mentalement, il se l&#xe8;ve et part s’asseoir &#xe0; c&#xf4;t&#xe9; du garagiste, un jeune homme de son &#xe2;ge qui l’a interpell&#xe9; et lui parle de voitures. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Bloqu&#xe9;e dans son &#xe9;lan, Albertine rougit et sent qu’elle est au bord des larmes. Comme elle est fragile, depuis qu’elle vit ici ! Pour se remettre, elle se l&#xe8;ve et part remettre de l’ordre dans quelques costumes, essayant de penser &#xe0; autre chose qu’&#xe0; ce qui l’a troubl&#xe9;e sans raison. Suzon a perdu une des dentelles qui bordaient sa robe de taffetas. L&#xe9;opoldine montre une tache de boue s&#xe9;ch&#xe9;e sur son coude. Chlo&#xe9; a d&#xe9;chir&#xe9; sa tra&#xee;ne qu’elle avait fabriqu&#xe9; &#xe0; partir d’un bout de voile en organza qu’il lui restait de ses rideaux. Du coin de l’oeil, Albertine observe le jeune homme qui rit avec son ami, et qui semble &#xe0; cent lieues d’elle. Alors c’est elle qui rit d’elle-m&#xea;me. Quelle folie l’a prise ? Ce soir, elle appellera son mari qui est parti toute la semaine &#xe0; Londres, et elle lui racontera, les odeurs, le printemps qui d&#xe9;borde de partout, lui, il l’&#xe9;coutera, lui il comprendra. Et peut-&#xea;tre que si elle insiste, il acceptera encore une fois de rentrer une demi-journ&#xe9;e plus t&#xf4;t. Parce qu’elle se sent bien seule ici.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le go&#xfb;ter termin&#xe9;, alors que le soleil commence d&#xe9;j&#xe0; &#xe0; descendre, Christophe rassemble son troupeau, second&#xe9; par les parents. Le ciel se couvre, et la troupe costum&#xe9;e devra faire les derniers m&#xe8;tres qui la s&#xe9;parent de l’&#xe9;cole sous une pluie battante.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &#xab; C’&#xe9;tait trop beau, dit alors Christophe &#xe0; Albertine qui l’a suivi avec son groupe sous le pr&#xe9;au de l’&#xe9;cole. Je craignais que &#xe7;a se termine comme &#xe7;a ! N’emp&#xea;che, lui dit-il de sa voix douce, en posant un regard &#xe9;trange sur elle, c’&#xe9;tait une tr&#xe8;s belle journ&#xe9;e... Une journ&#xe9;e qu’on voudrait ne voir jamais se terminer.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; -Oui, r&#xe9;pond-elle en souriant de toutes ses dents. C’&#xe9;tait merveilleux!&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Puis, lui serrant la main avec affection, il ajoute :&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; -Encore merci, madame Fournier. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; -Appelez moi Albertine.&lt;br /&gt;A ces mots, Christophe l&#xe2;che sa main, semble h&#xe9;siter, puis lui sourit de nouveau.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; -C’est d’accord... Albertine !&lt;br /&gt;Apr&#xe8;s un temps, il ajoute :&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; -C’est tr&#xe8;s proustien, comme pr&#xe9;nom, n’est-ce pas ?&lt;br /&gt;A cette remarque, le coeur d’Albertine fond.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; -Oui, c’est une id&#xe9;e de ma m&#xe8;re... Elle adorait Proust, elle &#xe9;tait romanci&#xe8;re.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; -Vraiment ? j’adorerais &#xe9;crire !&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Et comme de nouveaux amis, apr&#xe8;s que tous les parents aient fui sous l’averse, ils se parlent enfin, rient beaucoup, en regardant distraitement les deux derni&#xe8;res f&#xe9;es d&#xe9;goulinantes jouer &#xe0; la marelle sans se soucier de la pluie fine qui leur tombe dessus. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Albertine, le soir venu, alors qu’elle est rentr&#xe9;e chez elle en promettant &#xe0; Christophe de lui ramener quelques romans de sa m&#xe8;re, se sent heureuse comme jamais elle ne l’a &#xe9;t&#xe9; depuis qu’elle a quitt&#xe9; Paris. Finalement, avec un peu de temps, elle va finir par s’y faire, &#xe0; ces sauvages normands. Elle formerait un &#xab; cercle &#xbb;, o&#xf9; elle recevrait des invit&#xe9;s, tous les jeudis apr&#xe8;s l’&#xe9;cole, comme il y a cinquante ans. Et l’instituteur ferait partie de ses habitu&#xe9;s ! On jaserait mais tant pis ! Les moeurs avaient bien d&#xfb; &#xe9;voluer, m&#xea;me ici, au plus profond de la campagne normande...&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Elle se couche ce soir-l&#xe0; en oubliant d’appeler son mari. Se r&#xe9;veillant au milieu de la nuit &#xe0; cette pens&#xe9;e, elle constate que l’heure tardive ne lui permet pas de r&#xe9;parer son oubli. Peu importe, pour une fois, elle se dit que c’est plut&#xf4;t bon signe. Le lendemain matin, c’est lui qui l’appelle de Londres, s’excusant de ne pas avoir &#xe9;t&#xe9; l&#xe0; pour r&#xe9;pondre &#xe0; son appel du soir. Elle lui cache alors qu’elle n’a pas appel&#xe9;, et lui demande ce qu’il a fait pour rentrer si tard. Il bredouille quelque chose, semble g&#xea;n&#xe9;, mais elle y pr&#xea;te &#xe0; peine attention. Il lui dit qu’il ne pourra pas rentrer avant vendredi soir. Elle ne lui en veut pas. Elle attendra, comme toutes les semaines.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Albertine raccroche, et elle r&#xe9;alise qu’elle ne lui a pas parl&#xe9; de sa nouvelle amiti&#xe9; avec l’instituteur. Peu importe, il se fichait bien de ce qu’elle avait &#xe0; lui raconter, la plupart du temps. Sauf quand il rentrait le vendredi soir, et qu’il avait envie d’elle. Et en ce moment, il avait tr&#xe8;s envie d’elle. Pensant &#xe0; cela, elle soupire. Elle aussi a tr&#xe8;s envie de lui maintenant. Elle ne lui parlerait pas encore de Christophe. Il se moquerait d’elle s’il le voyait. Il le trouverait coinc&#xe9;, fat, faussement intellectuel. Trop sensible. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Pour vendredi soir, elle d&#xe9;cide de pr&#xe9;parer un gentil t&#xea;te &#xe0; t&#xea;te. Avec champagne et foie gras. Et elle mettrait la robe sexy qu’il lui a offerte et qu’elle ne veut jamais mettre. A cette id&#xe9;e, elle imagine la t&#xea;te de Christophe s’il la voyait dans cette tenue ! Ce n’&#xe9;tait sans doute pas son genre. Mais peut-&#xea;tre que si, apr&#xe8;s tout. Christophe, sous ses airs de vieux c&#xe9;libataire myst&#xe9;rieux, devait avoir ses fantasmes lui aussi. Elle imagine alors quel genre de jeune fille pourrait lui convenir, passant en revue les diverses jeunes filles qu’elle connaissait entre vingt-cinq et trente ans. Elle ne connaissait que d’anciennes baby-sitter, trop jeunes pour lui, ou des cousines dont elle ne savait rien. Elle se pla&#xee;t &#xe0; imaginer une petite jeune fille tr&#xe8;s timide, douce, d&#xe9;licate, intelligente, simple, de bonne famille. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le lendemain, jeudi, en revenant chercher les filles enrhum&#xe9;es, qu’elle se d&#xe9;cide &#xe0; garder pour le vendredi,&amp;nbsp; elle rencontre une jeune normande un peu &#xe9;paisse au d&#xe9;collet&#xe9; plongeant, au regard torve, &#xe0; la d&#xe9;gaine onduleuse, les cheveux dans les yeux, sans aucune classe. Christophe, &#xe0; sa vue, sourit de ses yeux brillants, et part l’embrasser avec embarras. Albertine n’en revient pas ! Cette fille vulgaire serait donc la petite amie de Christophe ! Comme la vie est &#xe9;trange... D&#xe9;contenanc&#xe9;e, elle lui adresse un sourire poli et crisp&#xe9; et emporte ses filles vers la voiture, oubliant de lui donner les livres qu’elle a amen&#xe9;s pour lui. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le lendemain, apr&#xe8;s avoir bu presque toute seule la bouteille de champagne sous le regard amus&#xe9; de son mari, elle lui fait un num&#xe9;ro de charme bancal avant d’accepter le moindre de ses caprices. Au milieu de la nuit, la bouche p&#xe2;teuse, elle remarque en se levant pour aller boire que son mari ne dort pas : dans les t&#xe9;n&#xe8;bres de la chambre, il la contemple &#xe9;trangement, ne la quittant pas des yeux jusqu’&#xe0; ce qu’elle revienne. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &#xab; Comme je t’aime ! lui dit-il d’une voix tremblante. Je ne partirai que mardi, si tu veux bien me supporter une journ&#xe9;e de plus. &#xbb;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Heureuse de cette bonne surprise, Albertine se blottit dans les bras de son mari en retenant ses larmes.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &#xab; C’est chouette, dit-elle, bien s&#xfb;r que je t’accepte gros b&#xea;ta ! &#xbb; &lt;br /&gt;Puis ils s’endorment dans les bras l’un de l’autre.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 15 Apr 2009 16:45:00 GMT</pubDate></item><item><title>Charlotte</title><dc:creator>lescendresda</dc:creator><link>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2008/12/29/11900139.html</link><comments>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2008/12/29/11900139.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lescendresda.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/11900139/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lescendresda.canalblog.com/archives/2008/12/29/11900139.html</guid><description>&lt;p&gt;Charlotte porte bien son nom. Petite, toute en rondeur, les seins g&#xe9;n&#xe9;reux et app&#xe9;tissants, elle a toujours sur les l&#xe8;vres qui brillent comme un sirop de grenadine un sourire espi&#xe8;gle, et ses grands yeux coquins la font ressembler, malgr&#xe9; ses trente-cinq ans pass&#xe9;s, &#xe0; une petite fille malicieuse et effront&#xe9;e. Charlotte aurait bien aim&#xe9; &#xea;tre grande et mince comme Am&#xe9;lie Poulain, mais elle a au moins son esprit futile et tendre, celui qui aime faire craquer l’&#xe9;corce de sucre des cr&#xe8;mes br&#xfb;l&#xe9;es. Et la gourmandise de Charlotte va de paire avec sa grande passion : faire la cuisine.. Pour elle, bien s&#xfb;r, parce que Charlotte est la premi&#xe8;re &#xe0; appr&#xe9;cier ce qu’elle r&#xe9;ussit, mais aussi pour ceux qu’elle aime. C’est d&#xe9;licieusement surann&#xe9;, mais c’est comme &#xe7;a. Charlotte ne cherche pas &#xe0; &#xea;tre originale dans la vie, ni plus parfaite que les autres, elle est juste ce qu’elle est. Elle est un peu enrob&#xe9;e, c’est s&#xfb;r, on ne tombe pas dans les d&#xe9;lices du palais sans y payer un peu de son &#xe2;me, mais au moins elle pla&#xee;t encore &#xe0; son homme, c’est le principal.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; On ne peut imaginer Charlotte que dans sa cuisine, tournant comme un colibri dans sa cage, attrapant une bo&#xee;te d’&#xe9;pices un peu haute en se cambrant et en s’appuyant sur la pointe de ses petits pieds, faisant s’&#xe9;chapper des &#xe9;claboussures de l’&#xe9;vier, sortant des plats, ouvrant le four, le r&#xe9;frig&#xe9;rateur, nettoyant le robot, jetant un oeil attentif &#xe0; l’heure, qui tourne qui fait gonfler les g&#xe2;teaux, l’heure qui la rapproche du d&#xee;ner du soir, quand son mari rentrera ext&#xe9;nu&#xe9; du bureau, reniflant l’air comme si, en plein Paris, il retrouvait un peu d’une campagne primitive dans ces odeurs de sucre, de chocolat, de l&#xe9;gumes brais&#xe9;s, de viandes parfum&#xe9;es.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Charlotte n’est pas une femme moderne, et n’a aucune pr&#xe9;tention &#xe0; l’&#xea;tre, m&#xea;me si elle habite Paris, a une femme de m&#xe9;nage, consacre du temps &#xe0; ses amies, fait du shopping et m&#xea;me un peu de sport en salle. Elle a quitt&#xe9; son travail, lequel, d&#xe9;j&#xe0; ? &#xe0; la naissance de son premier fils, qui a grandi dans les odeurs &#xe9;pic&#xe9;es des tajines, de cornes de gazelles et autres p&#xe2;tisseries orientales gorg&#xe9;es de miel et de poudre d’amande, et de cannelle, qu’elle testait dans ses premiers mois, pour ensuite se lancer tour &#xe0; tour une dizaine de recettes diff&#xe9;rentes de financiers, avec des blancs en neige, ou sans, un peu plus de beurre, un peu moins, une cuill&#xe9;r&#xe9;e de cr&#xe8;me, un zeste de citron, une touche d’essence d’amande am&#xe8;re, puis quelques tentatives laborieuses de macarons cram&#xe9;s, trop mous trop secs, coulants ou p&#xe2;teux, trop sucr&#xe9;s ou pas assez chocolat&#xe9;s, jamais assez Ladur&#xe9;e...et une bonne dizaine de plats de viande en sauce, de la blanquette de veau &#xe0; l’osso bucco en passant par la moussaka sans b&#xe9;chamel et la choucroute de poisson. Le ventre de sa m&#xe8;re s’arrondissait au rythme des ann&#xe9;es, laissant sortir &#xe0; peu pr&#xe8;s tous les deux ans un autre lardon &#xe0; gourmander, jusqu’&#xe0; ce qu’elle d&#xe9;cide que quatre, c’&#xe9;tait suffisant. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Quatre gar&#xe7;ons, oui, pas de fille &#xe0; qui acheter des rubans et des robes &#xe0; smock. Elle a donc cinq hommes dans sa vie, cinq hommes qui mangent comme des ogres et ne grossissent jamais! Un vrai d&#xe9;fi pour elle... Parfois, elle se demande ce qu’elle va faire de tous ces gar&#xe7;ons-l&#xe0;. C’est comme si elle avait pour elle toute seule un rang de contemplateurs b&#xe9;ats, comme si elle &#xe9;tait une reine, adul&#xe9;e, v&#xe9;n&#xe9;r&#xe9;e, qui ne devait que veiller &#xe0; ce qu’on ne l’oublie pas, qu’on ne parte pas trop vite de ses jupes. Elle se sent &#xe0; leur contact belle, irr&#xe9;sistible ; ils lui disent d’ailleurs toujours cela, l’admirant en mangeant un dernier rocher &#xe0; la noix de coco, avec coeur au chocolat, &#xab; tu es belle maman &#xbb;, les yeux p&#xe9;tillants et avec un ton assur&#xe9;, comme s’ils n’avaient pas l’impression de dire quelque chose d’extraordinaire. Est-elle belle d’ailleurs ? Ce qui est s&#xfb;r, c’est qu’elle fait bien plus jeune que son &#xe2;ge, et que la gym et la piscine pr&#xe9;servent tout de m&#xea;me une certaine tenue &#xe0; ses seins qui continuent &#xe0; regarder en haut, dans leur soutien-gorge taille cent, et ses fesses rondes soutenues par une cambrure vertigineuse lui donnent une silhouette gracieuse. Quant &#xe0; son visage, qui pourrait trouver laids ces grands yeux, ces joues rondes, ces cheveux &#xe9;pais ondulant autour de son visage en courbes aussi voluptueuses que celles de son corps ? Oui, Charlotte est belle, gracieuse, &#xe9;panouie, dans son corps et dans sa t&#xea;te, dans sa vie.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; C’est certainement gr&#xe2;ce &#xe0; Alexandre, son mari. Charlotte ne se lasse pas de raconter &#xe0; qui veut l’entendre les divers &#xe9;pisodes de la vie tr&#xe9;pidante de son mari. Alexandre est un jour sorti de sa bulle, des circonlocutions qu’il s’adressait &#xe0; lui-m&#xea;me, de ses r&#xe9;flexions profondes, il a daign&#xe9; jeter un oeil sur elle, abandonnant ses livres, ses papiers, et derri&#xe8;re ses lunettes a observ&#xe9; avec curiosit&#xe9; puis plaisir cette mine r&#xe9;jouie qui d&#xe8;s le premier regard a &#xe9;t&#xe9; s&#xe9;duite par ce professeur de philosophie, d&#xe9;j&#xe0; ma&#xee;tre de conf&#xe9;rence &#xe0; moins de trente ans dans lequel elle voyait se profiler l’&#xe9;bauche d’un g&#xe9;nie. Alexandre, qui n’est pas devenu un g&#xe9;nie, lui assure cependant un mode de vie confortable de par son poste &#xe9;minent &#xe0; l’universit&#xe9;, et par le reste, parce qu’Alexandre ne manque pas de ressources et en change r&#xe9;guli&#xe8;rement. Apr&#xe8;s avoir &#xe9;t&#xe9; m&#xe9;canicien amateur sur des vieilles voitures, assidu au karting, sp&#xe9;cialiste en sciences occultes et photographe, il s’est adonn&#xe9; &#xe0; la m&#xe9;decine, qu’il a vaguement exerc&#xe9; en Afrique pendant ses ann&#xe9;es de fac, tout en &#xe9;tudiant avec un ami chimiste les proc&#xe9;d&#xe9;s de g&#xe9;othermie r&#xe9;cup&#xe9;rant &#xe0; moindre co&#xfb;t&amp;nbsp; le froid sous l ‘&#xe9;corce terrestre. Il s’amuse dor&#xe9;navant &#xe0; r&#xe9;parer les horloges cass&#xe9;es, joue du cor dans une fanfare, pratique l’escrime &#xe0; haut niveau, et alimente tout cela en surfant sur le net, entretenant quelques sites personnels, parce qu’en plus, il bidouille pas mal sur internet, illustrant chacun de ses centres d’int&#xe9;r&#xea;t, tout en continuant bien s&#xfb;r avec passion et conviction son m&#xe9;tier de professeur et de chercheur. Et depuis peu de temps, applaudi dans ce projet par sa charmante femme, il s’est mis en t&#xea;te d’&#xe9;crire des essais, hors de son cercle universitaire cette fois-ci, afin d’exprimer au monde ce qu’il pense du monde. Il en est &#xe0; son troisi&#xe8;me essai, et fr&#xe9;quente depuis le milieu de l’&#xe9;dition, o&#xf9; il rencontre des tas de gens passionnants, par exemple cet auteur, qui r&#xf4;de toujours dans les couloirs de la maison, avec lequel il se grille une cigarette quand il va l&#xe0;-bas, et &#xe9;change quelques non-banalit&#xe9;s philosophiques.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Charlotte ne s’inqui&#xe8;te pas d’avoir un mari aussi brillant, qui r&#xe9;ussit tout ce qu’il entreprend. Elle en est fi&#xe8;re. L’avis de son mari est la chose la plus importante pour Charlotte. D&#xe8;s qu’elle &#xe9;labore une nouvelle recette, c’est lui qui a le privil&#xe8;ge de la tester le premier, et alors elle est suspendue &#xe0; ses l&#xe8;vres, attendant un sourire, un petit &#xab; hmm !&#xbb; de contentement, craignant un froncement de sourcils, une grimace, ou un simple haussement d’&#xe9;paule signifiant qu’il n’y a pas grand-chose &#xe0; dire, que la recette est tout simplement passable. Lorsqu’elle avait trouv&#xe9;, enfin, une recette sublime, qui, c’est certain, allait redorer son blason &#xe0; la triviale aubergine que son mari n’appr&#xe9;ciait pas, toujours trop cuite, trop spongieuse, trop grasse, mais que Charlotte adorait, une recette que Florence avait d&#xe9;couverte dans un magasine de mode et lui avait refil&#xe9;, une terrine sur trois couches, poivrons, aubergines et thon, parfum&#xe9; de coriandre et de citron, de persil et de piment de Cayenne, elle se mit ardemment en cuisine... elle lui avait pris toute la matin&#xe9;e, mais c’&#xe9;tait vraiment excellent, raffin&#xe9;, go&#xfb;teux, et le soir, elle attendait excit&#xe9;e comme un enfant, le compliment de son juge pr&#xe9;f&#xe9;r&#xe9;.. Alexandre s’en &#xe9;tait servi une cuill&#xe8;re, avait go&#xfb;t&#xe9; et lui avait dit distraitement qu’elle n’&#xe9;tait vraiment pas dou&#xe9;e pour faire cuire les aubergines, alors elle avait quitt&#xe9; la table les larmes aux yeux, remballant son plat, faisant un de ses scandales incoh&#xe9;rents qui laissaient son mari perplexe. Mais fort heureusement, la plupart du temps le juge est favorable et ne d&#xe9;clare pas de sentence n&#xe9;gative. Parce que Charlotte est dou&#xe9;e, extr&#xea;mement dou&#xe9;e. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Elle regorge d’id&#xe9;es, en toute occasion, de la petite salade improvis&#xe9;e qu’on pr&#xe9;pare sur un coin de table le midi - m&#xe2;che et fruits secs, avec vinaigre de noisette, ou endives pommes et noix, avec citron - au grand ap&#xe9;ritif d&#xee;natoire pour un nombre important d’invit&#xe9;s, ap&#xe9;ritif dit &#xab; &#xe0; la bonne franquette &#xbb;, qu’elle met la semaine enti&#xe8;re &#xe0; pr&#xe9;parer, faisant de l’appartement un labyrinthe de tables mont&#xe9;es sur tr&#xe9;teaux tout aussi color&#xe9;es, aussi vari&#xe9;es qu’un buffet de mariage, o&#xf9; se m&#xea;lent des verrines aux racines et aux herbes, des petits cakes individuels au thym et au romarin, des petites bouch&#xe9;es garnies de coppa et de fromage de brousse, des cuill&#xe8;res pr&#xe9;sent&#xe9;es en &#xe9;toiles o&#xf9; alternent deux m&#xe9;langes myst&#xe9;rieux de couleur diff&#xe9;rente, l’un jaune, constitu&#xe9; d’un risotto safran&#xe9;, avec des &#xe9;clats de moules et de crevettes, dans une version plus chic et plus &#xe9;labor&#xe9;e de la pa&#xeb;lla, l’autre rouge, et blanc, &#xe0; base de ricotta et de poivrons, et parsem&#xe9; de diff&#xe9;rentes herbes qui intrigueront la plupart des invit&#xe9;s, et qui donneront &#xe0; ceux qui n’ont rien &#xe0; se dire des pr&#xe9;textes de conversation,&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Pourtant, Charlotte n’est pas une femme tr&#xe8;s organis&#xe9;e. Souvent, elle ne note rien, ou sur des petits bouts de papier gras qui s’entassent sous les plats dans ses placards bond&#xe9;s. Elle ne tient pas de compte de ses recettes, ni des modifications qu’elle op&#xe8;re dans les quantit&#xe9;s, les ingr&#xe9;dients ou les temps de cuisson. Elle a tout dans la t&#xea;te. Alors, parfois, elle se trompe, c’est certain, mais cela reste rare.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; L’&#xe9;pisode mythique, qu’elle se rem&#xe9;more comme une &#xe9;preuve du destin, c’est celui du cheese-cake... Il y a des plats comme &#xe7;a. Le cheese-cake, elle n’a jamais r&#xe9;ussi &#xe0; le r&#xe9;ussir... Pourtant, elle sait lire une recette ! Elle la conna&#xee;t m&#xea;me par coeur depuis le temps qu’elle le rate ! Elle &#xe9;tait partie en Bretagne, pays des cr&#xea;pes et du kouign-amann chez ses parents, histoire de prendre un peu l’air avec sa marmaille. Son mari devait les rejoindre en fin de semaine, et Charlotte avait d&#xe9;cid&#xe9; pour l’occasion de leurs retrouvailles de retenter le cheese-cake, parce que c’est un des desserts pr&#xe9;f&#xe9;r&#xe9;s de son mari, et aussi pour changer des sp&#xe9;cialit&#xe9;s locales, dont elle avait d&#xe9;j&#xe0; fait le tour. C’&#xe9;tait une belle matin&#xe9;e d’&#xe9;t&#xe9;, pas trop chaude, et elle avait donc suivi la recette en v&#xe9;rifiant pour chaque ingr&#xe9;dient les quantit&#xe9;s pr&#xe9;vues, quand l’envie lui avait pris d’aller courir un peu, promesse qu’en partant elle avait faite &#xe0; contrecoeur &#xe0; Florence qui se moquait de son petit ventre rebondi, et cela permettrait de perdre des calories avant d’engloutir sans scrupule le dessert le plus calorique de tous les temps. Elle explique &#xe0; sa m&#xe8;re &#xe0; quel moment elle doit baisser la temp&#xe9;rature du four pour que le cheese ne se craquelle pas, et elle s’en va, cadenass&#xe9;e dans ses dessous qui &#xe9;vitent que ses seins ne lui fassent perdre l’&#xe9;quilibre en bondissant au rythme de la course. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Elle court, &#xe9;coutant distraitement la musique de son i-pod, craignant comme &#xe0; chaque fois des crampes d’estomac, &#xe9;coutant surtout avec attention les gargouillis de son ventre. Charlotte n’aime pas trop courir, parce qu’une fois sur deux, elle a des probl&#xe8;mes gastriques... elle se demande alors comment font les autres, pour ne pas ressentir cette g&#xea;ne des intestins qui de d&#xe9;tendent, ce qui lui donne une irr&#xe9;sistible envie d’aller aux toilettes, ou encore ces renvois qui bousculent la respiration, elle imagine m&#xea;me parfois dans son ventre les poches d’air qui se vident, remplac&#xe9;es par le passage des aliments dans les intestins, ces intestins qui se d&#xe9;tendent, ou qui cr&#xe9;ent de nouvelles douleurs, qu’on appelle commun&#xe9;ment des points de c&#xf4;t&#xe9;, oui, c’est &#xe7;a, &#xe7;a se d&#xe9;place l&#xe0;-dedans on ne sait pas trop comment, propuls&#xe9; qu’est le ventre du haut vers le bas, toujours, du haut vers le bas &#xe0; chaque foul&#xe9;e, il faut respirer quand le point de c&#xf4;t&#xe9; arrive, respirer, recracher violemment l’air, se plier, &#xe9;tendre les bras, elle fait tout &#xe7;a mais parfois &#xe7;a ne passe pas, elle court de moins en moins vite de fa&#xe7;on d&#xe9;sordonn&#xe9;e, grima&#xe7;ant de rage parce qu’elle va encore devoir avorter sa course... se mettre &#xe0; marcher, perdre son temps, son souffle, son &#xe9;lan, tout &#xe7;a pour des b&#xea;tes poches d’air qui se d&#xe9;placent trop vite... Elle se dit que c’est sans doute son p&#xe9;rin&#xe9;e qui n’est pas assez muscl&#xe9;, apr&#xe8;s quatre accouchements en six ans, c’est possible, mais tout de m&#xea;me, c’est si atroce de rentrer en serrant les fesses sans pouvoir courir, de se ruer toute ruisselante de sueur dans les toilettes !&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Mais le jour du cheese-cake &#xe9;tait un bon jour. Elle courait le ventre l&#xe9;ger, le coeur anim&#xe9; d’un courage vaillant, oui, cette fois, elle allait pouvoir courir au moins une heure, jusqu’&#xe0; l’&#xe9;puisement naturel du corps ! S&#xfb;re de son coup, elle revoyait distraitement tout en courant les listes des choses qu’elle devait faire dans la journ&#xe9;e pour que le repas du lendemain soit parfait. Le cheese-cake &#xe9;tait dans le four, et elle esp&#xe9;rait simplement que sa m&#xe8;re n’oublie pas de baisser la temp&#xe9;rature au bon moment, mais elle pouvait avoir confiance en sa m&#xe8;re pour &#xe7;a, elle lui avait dit une heure &#xe0; 200 degr&#xe9;s, et encore une heure &#xe0; cent degr&#xe9;s, puis une autre &#xe0; cinquante... Ressassant cela sereinement, elle avait commenc&#xe9; &#xe0; se dire, alors qu’elle courait depuis vingt minutes, que trois heures de cuisson, cela lui paraissait quand m&#xea;me beaucoup... Et soudain, au milieu des champs qui s’&#xe9;talaient &#xe0; perte de vue autour d’elle, elle se met &#xe0; jurer, ce qui ne lui arrive presque jamais.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Charlotte s’&#xe9;tait encore tromp&#xe9;e... Ce n’&#xe9;tait pas une heure, qu’il fallait le mettre &#xe0; deux cent, mais un quart d’heure ! Regardant autour d’elle, elle note l’&#xe9;tendue de son impuissance. Charlotte n’emporte jamais son portable, et elle ne peut aller plus vite qu’en courant... Vingt minutes la s&#xe9;parent de la maison, et du four qui est d&#xe9;j&#xe0; en train d’accomplir son oeuvre d&#xe9;moniaque, de brunir la jolie surface laiteuse du g&#xe2;teau... Alors, elle se met &#xe0; courir le plus vite possible, soufflant comme une furie, se disant que peut-&#xea;tre sa m&#xe8;re verrait, en regardant dans le four, que le cheese-cake est trop dor&#xe9;, puis essayant d’imaginer ce qu’elle pourrait sauver, si le g&#xe2;teau pouvait encore &#xea;tre mangeable malgr&#xe9; cette trop longue et trop forte cuisson, elle court vite, anim&#xe9;e d’un d&#xe9;sir de ronger elle aussi ce temps implacable qui d&#xe9;truit son oeuvre... en se d&#xe9;p&#xea;chant, elle arriverait avant l’heure fatidique, elle emp&#xea;cherait les derni&#xe8;res minutes de d&#xe9;gradation... Sur la fin elle aurait presque pri&#xe9;, m&#xea;me, pour que sa m&#xe8;re entende sa supplication, mais il &#xe9;tait &#xe0; parier que sa m&#xe8;re &#xe9;tait trop occup&#xe9;e avec ses quatre petits-enfants qu’elle lui avait laiss&#xe9; sur les bras pour s’entendre appeler de l&#xe0;-haut...&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Arriv&#xe9;e devant la maison de sa m&#xe8;re, une odeur de caramel, qui n’&#xe9;tait pas celle du cheese-cake telle qu’elle la connaissait lui arrive au nez avec horreur, m&#xea;me si au passage, Charlotte reconna&#xee;t que ce n’est pas, au moins, une odeur de br&#xfb;l&#xe9;... Sa m&#xe8;re est en train de changer la temp&#xe9;rature du four. Essouffl&#xe9;e, pli&#xe9;e sur son ventre qui n’en peut plus de se gonfler et d&#xe9;gonfler, elle regarde avec tristesse, sans col&#xe8;re ni d&#xe9;pit, le cheese-cake transform&#xe9; en tourte fromag&#xe8;re, et sa m&#xe8;re qui innocemment lui dit qu’elle a bien suivi ses instructions &#xe0; la lettre... Alexandre va &#xea;tre d&#xe9;&#xe7;u se dit-elle, en se dirigeant d’un pas tra&#xee;nant vers la salle de bains, enlevant un &#xe0; un ses habits tremp&#xe9;s de sueur, et ne pouvant s’emp&#xea;cher de se dire que sa m&#xe8;re aurait pu faire attention.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Mon, 29 Dec 2008 18:35:27 GMT</pubDate></item><item><title>Madame va voir Ry</title><dc:creator>lescendresda</dc:creator><link>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2008/09/20/10645977.html</link><comments>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2008/09/20/10645977.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lescendresda.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/10645977/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lescendresda.canalblog.com/archives/2008/09/20/10645977.html</guid><description>&lt;p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Au milieu des plaines normandes, entre le pays de Bray et la Vall&#xe9;e de l’Andelle, non loin des for&#xea;ts qui entourent Lyons, dans cette Normandie profonde o&#xf9; tout est rest&#xe9; comme au temps jadis, au temps des paysanneries, des petites bourgeoisies de province, bref o&#xf9; tout est rest&#xe9; comme Flaubert le d&#xe9;crit, dans le paysage, surtout, quand on se retrouve sur les petites routes, avec comme seules b&#xe2;tisses au loin de grosses fermes archa&#xef;ques, quand il parle des plaines ronflantes, c’est exactement cela, la nature ronfle et respire, tout ce vert moquette qui d&#xe9;borde sur les petites routes o&#xf9; l’on s’attend &#xe0; croiser un bock, bref dans cette nature riche et fra&#xee;che, quand on quitte les sentiers touristiques, ce tourisme de week-end taill&#xe9; pour les parisiens qui viennent dans leurs r&#xe9;sidences secondaires, et sont &#xe0; l’aff&#xfb;t du moindre bout de truc authentique se trouve le petit village de Ry, petite bourgade assez mignonne et peu connue, sauf des sp&#xe9;cialistes, ou des chercheurs de choses &#xe0; faire le week-end, dont la seule pr&#xe9;tention est d’avoir servi &#xe0; Flaubert pour y installer la famille Bovary, d’apr&#xe8;s ce que clament avec fiert&#xe9; les devantures des magasins, des caf&#xe9;s... &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; C’est dans cette petite ville que d&#xe9;barque apr&#xe8;s l’&#xe9;cole, les yeux pleins d’admiration, une jeune femme, dans son gros pajero, flanqu&#xe9;e de ses deux gosses. Elle n’a pas lu le roman de Flaubert, ou alors elle l’a lu il y a longtemps mais elle a vu le film de Chabrol. Elle se gare, sort la poussette canne de sa petite derni&#xe8;re, et aide son a&#xee;n&#xe9;e &#xe0; d&#xe9;faire sa ceinture. L’a&#xee;n&#xe9;e, docile, tient la poussette de sa petite soeur pendant que sa m&#xe8;re, le nez en l’air, d&#xe9;couvre avec ravissement les jolies halles couvertes qui abritent quelques boutiques, un coiffeur, un fleuriste, un marchand de chaussures ringardes. Elle court &#xe0; la pharmacie, mais plus rien n’est conserv&#xe9;, pas m&#xea;me l’emplacement de la boutique de monsieur Homais. Toute excit&#xe9;e, elle essaie de graver dans sa m&#xe9;moire la maison qui aurait servi de r&#xe9;sidence &#xe0; Madame Bovary, un instant elle s’imagine la voir sortir de sous un porche, avec sa longue robe enjuponn&#xe9;e et sa t&#xea;te d’Isabelle Huppert. Avide d’en savoir plus, elle pousse f&#xe9;brilement la porte du petit syndicat d’initiative, vide, o&#xf9; deux femmes tournent la t&#xea;te en souriant &#xe0; son entr&#xe9;e brouillante, tenir la porte, faire rentrer sa grande fille qui lui bloque nonchalamment le passage, et essayer d’ins&#xe9;rer la poussette dans l’ouverture o&#xf9; on a eu la bonne id&#xe9;e d’installer une marche, pendant qu’on la d&#xe9;visage avec bienveillance, oui, explique-t-elle toute timide pour attirer l’attention des deux jeunes filles interdites qui se contentent d’observer en souriant, je me suis install&#xe9;e dans la r&#xe9;gion il n’y a pas longtemps et j’ai d&#xe9;couvert que ce village avait servi pour le roman de Flaubert, alors je suis venue faire un tour, &#xe7;a y est la poussette est pass&#xe9;e, elle prend toutes les brochures qu’on lui tend comme si c’&#xe9;taient des reliques, promenade sur l’Hirondelle transform&#xe9;e en p&#xe9;niche, mus&#xe9;e d’automates, ferm&#xe9; en pleine semaine, surtout en cette saison... qu’ajouter de plus ? elle repart, un peu d&#xe9;&#xe7;ue, qu’avait-elle imagin&#xe9; ? bien s&#xfb;r, ce n’est pas Paris, ici, et puis les gens ne s’int&#xe9;ressent pas aux grands romans... Mais elle reviendra, dit-elle en tentant cette fois de sortir la poussette, elle reviendra au festival qui aura lieu bient&#xf4;t, elle se fera un plaisir d’admirer le village illumin&#xe9; par la f&#xea;te, comme le jour des comices agricoles...&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Elle va fureter cependant, ne pouvant s’emp&#xea;cher de sourire aux noms des magasins, une droguerie qui s’appelle Au bonheur d’Emma, une pharmacie qui s’appelle la maison Homais, &#xe9;tonn&#xe9;e de voir toutes ces vitrines, plus nombreuses que dans son petit village, pourtant un des plus beaux villages de la r&#xe9;gion, o&#xf9; il ne reste que des restaurants et des antiquaires, mais Ry est d&#xe9;j&#xe0; trop loin de la maison pour y faire son quartier g&#xe9;n&#xe9;ral. Elle demande &#xe0; la petite maison de la presse s’ils ont le c&#xe9;l&#xe8;bre roman, qu’ils n’ont pas m&#xea;me en stock, dirige ses deux filles qui commencent &#xe0; s’exciter jusqu’&#xe0; l’&#xe9;glise ferm&#xe9;e puis, apr&#xe8;s s’&#xea;tre arr&#xea;t&#xe9;e faire quelques courses au petit &#xe9;picier qui vend m&#xea;me du th&#xe9; en vrac et &#xe0; la boucherie qui a l’air un peu plus reluisante que celle de son petit village, histoire de faire durer un peu l’excursion, elle se dit qu’elle a fait le tour, et finit par tra&#xee;ner sa fille a&#xee;n&#xe9;e et sa petite qui rit comme une folle aux idioties de sa soeur vers le parking o&#xf9; l’attend sa grosse voiture. Tout en attachant les deux enfants, elle songe avec tristesse qu’elle aurait aim&#xe9; habiter ce charmant village, plut&#xf4;t que l’autre o&#xf9; elle se tra&#xee;ne depuis quelques mois, que peut-&#xea;tre dans ce village elle se serait moins languie de Paris, que peut-&#xea;tre elle aurait rencontr&#xe9; des gens chaleureux et amicaux. Les paysages verts d&#xe9;filent devant ses yeux vagues. Elle pense distraitement qu’elle va &#xea;tre en retard dans son planning du soir, donner les bains, faire &#xe0; manger, lire une histoire et ainsi de suite... mais apr&#xe8;s tout, c’est le week-end, demain, elle n’aura pas &#xe0; se lever pour emmener sa fille &#xe0; l’&#xe9;cole. Elle se demande &#xe0; quelle heure va rentrer son mari... tard, sans doute, comme tous les vendredis... &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le soleil timidement sort des nuages, le printemps arrive enfin, songe-t-elle en entrouvrant sa vitre, tout en jetant un oeil pour voir si les petites n’ont pas trop d’air, elle respire l’air frais qui passe, tout de m&#xea;me, cet air, et ce soleil qui vient parfois vous &#xe9;clater au visage, &#xe7;a vaut le coup, puis elle remonte la vitre, non, d&#xe9;cid&#xe9;ment, il ne fait pas encore assez chaud. Elle referme le bouton de son gilet, met le clignotant... la voici arriv&#xe9;e chez elle. Elle aura au moins tu&#xe9; deux heures...&lt;/p&gt;</description><pubDate>Fri, 19 Sep 2008 22:45:00 GMT</pubDate></item><item><title>La maison monde</title><dc:creator>lescendresda</dc:creator><link>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2008/09/08/10503970.html</link><comments>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2008/09/08/10503970.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lescendresda.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/10503970/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lescendresda.canalblog.com/archives/2008/09/08/10503970.html</guid><description>&lt;p&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Si Cassandre recevait de temps en temps des amis, ils pourraient contempler, du canap&#xe9;, la magnifique vue qu’offre l’appartement sur les toits de Paris, et au premier plan le jardin des Halles, prot&#xe9;g&#xe9; de l’ombre bienveillante de la grandiose et rosac&#xe9;e &#xe9;glise Saint-Eustache et plus loin du d&#xf4;me de la Bourse du Commerce. Petit mais confortable pour elle seule, l’appartement de Cassandre se compose de trois belles pi&#xe8;ces, la chambre de Cassandre, le salon de Cassandre, et enfin son bureau, en mezzanine. Le parquet ancien, quoique ab&#xee;m&#xe9; par endroit, et les poutres apparentes conf&#xe8;rent &#xe0; l’ensemble un aspect chaleureux. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; En fait de meubles, ce petit appartement sous les combles, qui pourrait &#xea;tre coquet, n’en contient presque pas. Sur la mezzanine, un bureau Napol&#xe9;on III, massif comme un bureau de m&#xe9;decin ou d’avocat en impose au petit lit engonc&#xe9; sous la pente du toit, plus un grabat qu’un vrai lit d’ailleurs. Au dessus du bureau s’&#xe9;tale une vieille &#xe9;tag&#xe8;re sur laquelle sont rang&#xe9;s par ordre alphab&#xe9;tique une dizaine de bandes-dessin&#xe9;es, vestiges d’un temps pass&#xe9; o&#xf9; les petits personnages gribouill&#xe9;s grossi&#xe8;rement amusaient encore Cassandre, et une centaine de livres de poche. Sur le bureau lui-m&#xea;me sont empil&#xe9;s trois dictionnaires et un vieux Gr&#xe9;visse dont la tranche des pages est aussi douce tant elle est us&#xe9;e qu’un boa duveteux et fragile. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Dans le salon se font face un gros canap&#xe9; en tissu marron, coinc&#xe9; sous l’escalier, et un fauteuil-club qui aurait besoin d’une r&#xe9;fection, et contre le mur on a pos&#xe9; encore deux hautes &#xe9;tag&#xe8;res, garnies de livres, rang&#xe9;s eux aussi mais par ordre de leur arriv&#xe9;e dans les rayonnages. Sur les murs libres, Cassandre a accroch&#xe9; quatre cadres dont trois reproductions de Monet de diff&#xe9;rentes couleurs de la Cath&#xe9;drale de Rouen, d’o&#xf9; elle vient, et qui lui rappellent sa jeunesse rouennaise, quand elle s’imaginait encore marcher sur les pas de Flaubert et se promettait une carri&#xe8;re d’&#xe9;crivain, pas forc&#xe9;ment aussi glorieuse que son auteur f&#xe9;tiche mais qui lui aurait permis de le regarder avec connivence, comme on le ferait vis-&#xe0;-vis d’un coll&#xe8;gue. Le portrait de Flaubert, il est l&#xe0;, bien s&#xfb;r, c’est le quatri&#xe8;me et dernier cadre, face au canap&#xe9;, visible de son bureau, l&#xe0;-haut, visible en fait de presque tout l’appartement sauf de la cuisine qui a la taille d’un petit couloir et o&#xf9; Cassandre n’a pu installer qu’une table minuscule coinc&#xe9;e entre l’&#xe9;vier et le r&#xe9;frig&#xe9;rateur. Dans sa chambre, dont la porte se trouve face au portrait, Cassandre s’est content&#xe9;e de mettre un matelas au sol, qu’elle soul&#xe8;ve tous les jours pour qu’il ne moisisse pas et ne ternisse pas le parquet, une petite table de chevet pr&#xe8;s du lit, qu’elle tient de sa m&#xe8;re, sur laquelle est b&#xea;tement pos&#xe9;e une lampe et un livre qui change r&#xe9;guli&#xe8;rement, et une grosse armoire normande, h&#xe9;ritage, toujours, de sa famille maternelle et qui &#xe9;tait d&#xe9;j&#xe0; dans l’appartement lorsque, sa grand-m&#xe8;re morte, Cassandre a pu prendre possession des lieux, armoire dont les rieuses sculptures dans la tradition des armoires de mariage jurent presque avec l’aust&#xe9;rit&#xe9; du reste de l’ameublement. La salle de bain, gu&#xe8;re plus grande que la cuisine, se situe face &#xe0; celle-ci, les deux pi&#xe8;ces jouant le r&#xf4;le de gardiens qui prot&#xe8;gent l’entr&#xe9;e. Et dans ce dernier espace, assombri par ces deux pi&#xe8;ces rajout&#xe9;es au fil des d&#xe9;cennies, se cache la lourde porte d’entr&#xe9;e, ou plut&#xf4;t de sortie dans l’esprit de Cassandre, blind&#xe9;e, massive, peinte en noir, dont la cl&#xe9; terne luit encore faiblement et se tient immobile, encha&#xee;n&#xe9;e &#xe0; sa serrure cuivr&#xe9;e.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Dans cet appartement o&#xf9; chaque objet a sa place, o&#xf9; pas un grain de poussi&#xe8;re ne vient d&#xe9;ranger l’ordre m&#xe9;ticuleux des choses, et des t&#xe2;ches faites quotidiennement, inlassablement, Cassandre &#xe9;crit. Enfin elle essaie. Dans la mesure du possible... Parce qu’elle en a besoin, et aussi parce n’aimant ni la compagnie des hommes, ni celle des enfants, et encore moins celle des animaux, elle ne voit pas vraiment ce qu’elle pourrait faire d’autre. Elle n’est pas encore &#xe9;dit&#xe9;e, il y a trop de concurrence, et elle ne se sent pas encore pr&#xea;te &#xe0; franchir le pas, mais le jour o&#xf9; elle sera pr&#xea;te, elle sait d&#xe9;j&#xe0; qui elle ira voir avec son manuscrit sous le bras ! car pour subvenir &#xe0; ses faibles besoins, l’appartement ne lui co&#xfb;tant rien, Cassandre est correctrice dans une maison d’&#xe9;dition, m&#xe9;tier ingrat au possible mais qui lui permet en plus de la pr&#xe9;parer &#xe0; son projet litt&#xe9;raire de rester clo&#xee;tr&#xe9;e chez elle en n’ayant comme seul lien avec l’ext&#xe9;rieur que quelques entrevues avec sa directrice, visites de courtoisie, somme toute, puisqu’elle re&#xe7;oit la plupart du temps les manuscrits &#xe0; corriger par la poste et qu’elle les renvoie de la m&#xea;me mani&#xe8;re, visites qui permettent &#xe0; sa mondaine correspondante de lui faire son num&#xe9;ro de charme, dans le seul but, elle n’est pas dupe, de la maintenir corv&#xe9;able, ce qu’elle est, car Cassandre, qui n’aime personne, voue une admiration sans borne &#xe0; cette femme brillante, &#xe9;l&#xe9;gante, qui sait la flatter sans hypocrisie, ayant cet instinct naturel &#xe0; voir en chaque &#xea;tre son bon c&#xf4;t&#xe9;, sans qu’aucun pr&#xe9;jug&#xe9; ne vienne intercepter la vision optimiste qu’elle en a. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Son autre lien avec l’ext&#xe9;rieur, c’est son enfant. Oui. Autrefois Cassandre a eu un enfant. Et m&#xea;me un mari. Elle ne sait plus, en fait, si c’est lui, si c’est eux qui sont partis ou si c’est elle. A vrai dire &#xe7;a n’a pas grande importance. L’enfant vient de temps en temps passer les vacances avec elle, elle l’installe l&#xe0;-haut, sur le petit lit qui lui est destin&#xe9;, sous lequel elle entasse dans un grand tiroir toutes ses affaires, et il brouille pour un temps sa vie paisible de propos incoh&#xe9;rents et disgracieux avant de partir en colonie, o&#xf9; elle l’envoie &#xe0; chaque fois parce qu’elle ne veut pas qu’il s’ennuie avec elle, qu’il s’accroche &#xe0; elle comme &#xe0; une bou&#xe9;e trou&#xe9;e dont il sait pertinemment qu’elle ne l’emp&#xea;chera pas de couler, il la contemple un moment avec nonchalance, sans peine et sans joie, lorsqu’elle l’emm&#xe8;ne avec sa grosse valise, avant de rejoindre le groupe d’enfants qui remplace une bonne partie des vacances sa m&#xe8;re ou doit-il penser le p&#xe2;le reflet de ce que pourrait &#xea;tre une m&#xe8;re, sa m&#xe8;re qui, molle et sans tristesse lui fait par la fen&#xea;tre du car dans lequel il s’est install&#xe9; comme chez lui un petit signe de la main avant de repartir, sans attendre le d&#xe9;part du car, et c’est donc lui, l’enfant, qui la regarde s’&#xe9;loigner, dos courb&#xe9;, mains dans les poches, affubl&#xe9;e d’un imperm&#xe9;able informe, jusqu’&#xe0; son appartement o&#xf9; elle va ranger, m&#xe9;ticuleusement, les quelques d&#xe9;sordres qu’elle aura consenti &#xe0; laisser derri&#xe8;re elle avant de d&#xe9;poser l’enfant.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Quand son enfant n’est pas l&#xe0;, c’est-&#xe0;-dire &#xe0; peu pr&#xe8;s trois cent jours par an, les journ&#xe9;es se suivent et se ressemblent. D’abord, il faut nettoyer l’appartement, remettre en place les objets, enlever la poussi&#xe8;re qui les a souill&#xe9;s durant la nuit, sortir de la machine le linge sec et un peu froiss&#xe9;, le plier, le ranger, le repasser si besoin, nettoyer l’espace o&#xf9; elle a pris son petit d&#xe9;jeuner au r&#xe9;veil, un coup de savon noir sur le sol, sur la table, dans l’&#xe9;vier, ranger le bol, la cuill&#xe8;re, mettre les miettes dans la poubelle, passer un coup d’aspirateur, d’&#xe9;ponge, de serpilli&#xe8;re, veiller &#xe0; ce que les vitres ne soient pas trop ternes. Tout cela avec une esp&#xe8;ce de soulagement, parce que cette fois-ci l’enfant n’est pas l&#xe0;, et n’a pu mettre ses doigts sur aucune surface sans qu’elle s’en aper&#xe7;oive, lorsqu’elle travaillait et qu’il errait dans l’appartement &#xe0; la recherche d’un nouveau jouet qu’il savait qu’il ne trouverait pas, un jouet, il en aurait un en revenant de colonie, et elle lui conseillerait encore une fois de l’emmener chez son p&#xe8;re pour qu’il puisse en profiter un peu plus. Oui, cette fois elle est seule, elle nettoie son petit d&#xe9;sordre de fourmi tranquillement, retrouvant les traces qu’elle a laiss&#xe9;s, peut-&#xea;tre un peu volontairement, en fin de la journ&#xe9;e pr&#xe9;c&#xe9;dente et qu’elle s’ &#xab; amuse &#xbb; &#xe0; retrouver, comme un jeu de piste, dans tout l’appartement, sur les meubles, les objets, le t&#xe9;l&#xe9;phone, Cassandre faisant partie de ces femmes pour qui le m&#xe9;nage, rituel continu et quotidien est un palliatif&amp;nbsp; indispensable qui les d&#xe9;tourne d’une introspection qui les plongerait dans l’amas confus et broussailleux de leur esprit tortur&#xe9;, o&#xf9; toute remise en question conduirait &#xe0; la d&#xe9;pression, au d&#xe9;lire, &#xe0; l’hyst&#xe9;rie.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le m&#xe9;nage fait, elle va faire sa toilette. Ce jour-l&#xe0; est un bon jour pour Cassandre, voil&#xe0; pourquoi elle chantonne m&#xea;me un petit air sous la douche, un savon d’Alep &#xe0; la main. Elle a bien avanc&#xe9; dans son travail de correctrice les jours pr&#xe9;c&#xe9;dents, et se pr&#xe9;pare &#xe0; une belle journ&#xe9;e qu’elle destine &#xe0; son art. Toute la nuit, elle a repens&#xe9; aux intrigues qu’elle allait faire vivre &#xe0; ses personnages. Il va y avoir du frisson, cette fois. Le h&#xe9;ros, Galthor, doit retrouver dans les Marais Maudits sa femme qui est morte noy&#xe9;e et revit, telle un spectre, &#xe0; la recherche de son fils qu’elle portait dans son ventre avant d’&#xea;tre engloutie dans la vase. Elle a pr&#xe9;vu de belles pages aussi gla&#xe7;antes et romantiques que chez Barbey d’Aurevilly, encore un auteur normand, m&#xea;me si son influence principale en mati&#xe8;re d’hero&#xee;c fantasy reste les romans de Tolkien, qu’elle a tous lus et relus. Galthor, donc, son personnage principal, aussi sombre qu’Aragorn et plus beau que Thorgal, qui vit tel un chevalier errant depuis la mort de sa femme il y a des ann&#xe9;es, doit tenter de la faire parler d’une &#xe9;ventuelle fin du monde qui doit tuer l’humanit&#xe9; tout enti&#xe8;re. Mais celle-ci ne sait plus communiquer avec les vivants, et elle se lamente, les yeux perdus dans le vague, la peau blanche comme l’alb&#xe2;tre et froide comme le marbre, de la perte de son b&#xe9;b&#xe9;. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le fils de Cassandre est lui m&#xea;me pr&#xe9;sent dans cette fresque interminable dont elle est sur le point d’&#xe9;crire la quatre cent cinquante-neuvi&#xe8;me page, sous les traits d’un jeune mage orphelin un peu niais et m&#xe9;lancolique, qui a h&#xe9;rit&#xe9; sans le savoir des pouvoirs de divination de sa m&#xe8;re, morte pour le sauver des griffes du peuple de elfes noirs... Tous ces h&#xe9;ros, hauts en couleur, st&#xe9;r&#xe9;otyp&#xe9;s au possible, mais quelle importance ? sont &#xe0; la recherche d’une porte, ouvrant sur le monde secret des magies dans lequel ils doivent entra&#xee;ner les quatre d&#xe9;mons meneurs du fl&#xe9;au. Oui, c’est compliqu&#xe9; comme histoire, elle s’y perd un peu elle-m&#xea;me parfois, mais enfin, dans Le seigneur des Anneaux on s’y perd aussi, elle n’a jamais compris par exemple pourquoi Boromir &#xe9;tait mort...&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; La voil&#xe0; l&#xe0;-haut, toute fra&#xee;che, laissant derri&#xe8;re elle un doux parfum de javel citronn&#xe9;e, dans son &#xab; antre &#xbb;, sa caverne, o&#xf9; des restes de lumi&#xe8;re venant d’en bas caressent mollement les contours du bureau et finissent de s’estomper dans celle plus crue de l’&#xe9;cran d’ordinateur qui aur&#xe9;ole soudain le visage de Cassandre d’un nimbe aussi c&#xe9;leste qu’une apparition divine. Avant de se mettre &#xe0; &#xe9;crire, elle entame son petit rituel, la consultation de ses mails, pour se d&#xe9;barrasser de cette derni&#xe8;re corv&#xe9;e avant de plonger dans son monde fantastique. Et son visage b&#xe9;at se crispe soudain, l’apparition devenant un spectre. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; D’habitude, les seuls mails qu’elle re&#xe7;oit sont ceux de diff&#xe9;rents magasins dans lesquels elle fait ses courses en ligne, parfois de son enfant, que son p&#xe8;re laisse bourr&#xe9;s de fautes d’orthographe pour la faire enrager, et ceux, comme cette fois-ci, de sa&amp;nbsp; directrice de r&#xe9;daction qui s’informe de son travail, ou lui fournit des indications techniques sur d’&#xe9;ventuels changements de mise en page. G&#xe9;n&#xe9;ralement, ces derniers sont accueillis avec plaisir. Mais cette fois-ci, la si charmante femme, aux cheveux dor&#xe9;s, qu’elle compare dans ses r&#xea;veries &#xe0; la d&#xe9;esse aux cheveux resplendissants qu’elle voyait dans Papyrus, une bande-dessin&#xe9;e qu’elle lisait lorsqu’elle &#xe9;tait enfant et qu’elle s’enfermait, d&#xe9;j&#xe0;, des heures enti&#xe8;res, des journ&#xe9;es enti&#xe8;res dans sa chambre pour lire, personnage dont elle s’inspire d’ailleurs dans son roman pour celui de Naya, une farouche guerri&#xe8;re elfique, qui tente de d&#xe9;rober aux deux mages acolytes de Galthor une bague magique, qui n’est autre que la cl&#xe9; de la porte qui doit tous les sauver, cette fois-ci, sa patronne, dans un style cependant toujours aussi raffin&#xe9; et caressant lui fait la demande instante de passer aux bureaux de la &#xab; Maison &#xbb; pour lui ramener le dernier manuscrit qu’elle devait normalement rendre dans deux jours, demande &#xe0; laquelle on n’oppose pas de refus, parce que Cassandre ne sait pas refuser, et certainement pas &#xe0; sa patronne dont les comportements pleins d’affectation ne sauraient faire oublier quelle femme autoritaire elle est quand il s’agit du travail. La belle d&#xe9;esse blonde prend tout &#xe0; coup derri&#xe8;re les yeux de Cassandre l’aspect d’une vieille m&#xe9;g&#xe8;re, grande tige s&#xe8;che et m&#xe9;prisante dont les yeux un peu en amande lancent des &#xe9;clairs qui lui transpercent le coeur.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Cassandre est doublement contrari&#xe9;e, d’abord parce qu’elle n’avait pas pr&#xe9;vu d’y travailler beaucoup ce jour-ci et ensuite parce que, aussi courageuse soit-elle dans ses r&#xe9;cits imaginaires, sortir la rend malade. Maladivement malade.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Nonchalamment, elle r&#xe9;pond au mail funeste et promet une visite &#xab; avant la fin de la journ&#xe9;e &#xbb;. Puis, courb&#xe9;e comme une b&#xea;te de somme, elle se l&#xe8;ve p&#xe9;niblement et va chercher, dans un tiroir de son bureau, le manuscrit en question, dont elle sait d&#xe9;j&#xe0; qu’il lui prendra toute la journ&#xe9;e, et qu’en plus, pour le finir, elle devra se presser, travailler dans l’urgence, ce dont elle a horreur. Au moins cela l’emp&#xea;chera-t-elle de penser au moment fatidique : celui o&#xf9; elle devra franchir le seuil de sa porte d’entr&#xe9;e.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Les heures passent, &#xe0; raturer, mettre des fl&#xe8;ches, charger les marges de notes agac&#xe9;es, fouiner dans le Gr&#xe9;visse et les dictionnaires, traquer les cacologies, les pl&#xe9;onasmes, les redondances, les fautes d’orthographe et de grammaire, qui rendent le texte hirsute, et c’est presque &#xe9;tonnant que cette femme, tellement maniaque dans les choses du quotidien, puisse &#xe9;prouver un si extr&#xea;me plaisir &#xe0; &#xe9;corcher de son stylo rouge ces bandes noires si parfaites, si impeccables sur leur feuille blanche. Un d&#xe9;sordre apparent, puisqu’elle d&#xe9;barrasse le texte de ses salissures internes, insupportables pour l’esprit bien qu’invisibles &#xe0; l’oeil inculte du n&#xe9;ophyte. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Parfois, au plus fort de son labeur, Cassandre tressaille. Les pages filent entre ses doigts, devant ses yeux per&#xe7;ants, les minutes, les heures passent et la rapprochent de cet instant d&#xe9;chirant o&#xf9; elle va devoir sortir. Alors, elle replonge de plus belle, comme en apn&#xe9;e, respirant o&#xf9; elle le peut dans les fautes traqu&#xe9;es qu’elle d&#xe9;chiquette avec amertume. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Petite pause &#xe9;clair &#xe0; midi pile. Elle fonce &#xe0; la cuisine, improvise un sandwich bourr&#xe9; de crudit&#xe9;s, qu’elle mange au-dessus de l’&#xe9;vier, pour ne pas mettre de miettes par terre, passe tout de m&#xea;me un coup d’&#xe9;ponge sur la table et la surface de pr&#xe9;paration et apr&#xe8;s s’&#xea;tre lav&#xe9;e les mains, elle sort de la cuisine, s’emp&#xea;chant de regarder, &#xe0; sa gauche, la porte lugubre et sa cl&#xe9; enfonc&#xe9;e comme un pieu dans le coeur d’un vampire. Puis remonte, des nuages plein la t&#xea;te, pensant au sublime visage entour&#xe9; d’une cascade de cheveux dor&#xe9;s, telle une vestale, qui, dans quelques heures, esquissera devant Cassandre le plus distingu&#xe9; des sourires en s’emparant du butin promis. Vision &#xe0; laquelle elle s’accroche, depuis le matin, et elle a au moins besoin de cette fantasmagorie pour affronter l’id&#xe9;e de plus en plus r&#xe9;pugnante de sa sortie prochaine.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Quand elle l&#xe8;ve enfin le nez, son travail termin&#xe9;, il est cinq heures. Son ventre se serre. Il est presque temps. Les cheveux resplendissants doivent commencer &#xe0; s’impatienter... Avec r&#xe9;signation, Cassandre descend lentement les escaliers, son manuscrit corrig&#xe9; sous le bras, qu’elle a gliss&#xe9; dans une grande enveloppe &#xe0; soufflets. Le coeur battant, elle jette un oeil &#xe0; la porte, l&#xe0;-bas, qui se perd dans le coin le plus sombre de son appartement. Tout doucement, elle appuie sur l’interrupteur qui commande le plafonnier de l’entr&#xe9;e, comme une enfant qui a peur du noir et qui doute encore de ce qu’elle va d&#xe9;couvrir en mettant ainsi &#xe0; la lumi&#xe8;re les contours vagues qui l’inqui&#xe9;taient dans la p&#xe9;nombre. La porte devient encore plus mena&#xe7;ante, baign&#xe9;e maintenant d’une lumi&#xe8;re jaune, poussi&#xe9;reuse, punitive. Cassandre met ses chaussures, impeccablement cir&#xe9;es, ses bras p&#xe8;sent deux tonnes. A la h&#xe2;te, les mains tremblantes, elle enfile son vieil imper gris-beige et, bien qu’elle ait d&#xe9;j&#xe0; mis ses chaussures, elle repart dans la salle de bains mais il faut bien, avant de partir, qu’elle examine de quoi elle a l’air... Le reflet que lui renvoie le miroir est encore pire que ce qu’elle imaginait. Son visage, maigre, sans couleur, reste bloqu&#xe9; dans un rictus grima&#xe7;ant, ses yeux, de folle ! ne peut-elle s’emp&#xea;cher de penser, grands ouverts dans un vide n&#xe9;buleux la regardent avec incompr&#xe9;hension. Ne sachant que faire devant ce reflet trop ingrat, elle remet en place une m&#xe8;che qui avait trop gliss&#xe9; sur son front, se convainquant qu’elle est plus pr&#xe9;sentable maintenant... et pr&#xe9;f&#xe9;rant ne plus trop regarder sa t&#xea;te, elle se d&#xe9;cide &#xe0; emporter avec elle son i-pod, qu’elle s’enfonce dans les oreilles apr&#xe8;s avoir choisi une pi&#xe8;ce pour piano de Clara Schumann, seule musique qu’elle pense qu’elle supportera dans le brouhaha de la rue.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Elle ouvre en tremblant la porte. Puis la referme avec horreur, en reculant de quelques pas, machinalement, s’affalant comme un poids mort sur la chaise de la cuisine. Les minutes passent, interminables. Cassandre rel&#xe8;ve parfois la t&#xea;te vers la pendule, puis la rebaisse et replonge dans son mutisme, telle une poup&#xe9;e d&#xe9;sarticul&#xe9;e qu’un ma&#xee;tre capricieux commande. Seules ses mains restent raides, accroch&#xe9;es &#xe0; l’enveloppe froiss&#xe9;e, humide sous ses doigts. Puis, avec nonchalance, elle sort lentement, comme au ralenti, de sa torpeur. D’un pas lent, le regard perdu, Cassandre traverse l’appartement, regarde distraitement par la fen&#xea;tre du salon. On dirait qu’il fait beau, les gens se baladent bras nus. Elle peut se contenter de sa vieille veste. Mais non, il est d&#xe9;j&#xe0; trop tard. Elle devrait d&#xe9;j&#xe0; &#xea;tre l&#xe0;-bas... &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Retenant son souffle, se d&#xe9;p&#xea;chant soudain, comme une suicid&#xe9;e qui se jette dans le vide apr&#xe8;s de longues heures &#xe0; regarder la rue en bas, elle court &#xe0; travers l’appartement, jusqu’&#xe0; l’entr&#xe9;e, et rouvre cette porte qui continue &#xe0; lui faire peur, ses mains tremblent, ses jambes aussi mais elle passe le seuil, balan&#xe7;ant dans ses oreilles la musique pour &#xe9;loigner toute mal&#xe9;diction, serrant dans ses doigts l’i-pod minuscule comme si c’&#xe9;tait une amulette, et enfin referme la porte, brutalement, derri&#xe8;re elle. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Dans l’appartement vide, sous le coup de cette porte claqu&#xe9;e, quelques poussi&#xe8;res voleront de dessus le plafonnier que Cassandre aura oubli&#xe9;, dans l’entrain de son soudain courage, d’&#xe9;teindre, et resteront, un temps, &#xe0; osciller dans l’air encore remu&#xe9;, un coup &#xe0; droite, un coup &#xe0; gauche, scintillant dans la lumi&#xe8;re jaune avant de tomber sur le plancher blanchi par trop d’eau de javel tels des flocons de neige gris. Les rideaux du salon onduleront l&#xe9;g&#xe8;rement, caressant de leurs rouleaux le vieux tapis r&#xe2;p&#xe9; et le cadre de l’&#xe9;crivain, chauve et joufflu, dont les larges moustaches en touffes de pinceaux font appara&#xee;tre ses yeux petits comme des billes vitreuses, se mettra &#xe0; pencher d’un demi degr&#xe9; sur la droite, vers la chambre vide o&#xf9; l’armoire entreb&#xe2;ill&#xe9;e, elle, ne tremblera pas. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; A son retour, Cassandre ira sans doute directement se nettoyer des pieds &#xe0; la t&#xea;te, et peut-&#xea;tre ne verra-t-elle pas, au moment o&#xf9; elle enl&#xe8;vera f&#xe9;brilement ses chaussures, toutes ces infimes modulations qui auront, durant sa courte absence, d&#xe9;s&#xe9;quilibr&#xe9; le cadre fragile de son existence.&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &lt;br /&gt;</description><pubDate>Mon, 08 Sep 2008 10:35:29 GMT</pubDate></item><item><title>Chasse et course</title><dc:creator>lescendresda</dc:creator><link>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2007/12/30/7387325.html</link><category>Nouvelles</category><comments>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2007/12/30/7387325.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lescendresda.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/7387325/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lescendresda.canalblog.com/archives/2007/12/30/7387325.html</guid><description>&lt;p&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Maintenant que Florence passe pratiquement tous ses week-end dans sa maison de campagne, elle a pris l’habitude d’aller courir tous les dimanche matins. Elle laisse ses deux filles &#xe0; son mari, et s’autorise cette petite heure et demie de tranquillit&#xe9;, qu’elle pr&#xe9;pare avec soin. D’abord, elle enfile des dessous de coton blancs, qu’elle mettra &#xe0; la machine d&#xe8;s son retour, puis un tee-shirt et s’il fait froid, elle ajoute par dessus un gilet matelass&#xe9; rose, du m&#xea;me rose que sa casquette dans laquelle elle fait glisser ses cheveux attach&#xe9;s dans une queue de cheval comme quand elle &#xe9;tait petite. Pour le bas, elle enfile un cale&#xe7;on moulant, juste parce que c’est a&#xe9;rodynamique, des chaussettes anti-transpirantes et enfin deux &#xe9;normes baskets, des Nike-Air car, a dit le vendeur, ce sont les meilleures chaussures pour courir, m&#xea;me si elles sont vulgairement grosses et blanches, et qu’avec &#xe7;a aux pieds elle ressemble &#xe0; un flamand rose dont les pattes auraient &#xe9;t&#xe9; prises dans deux blocs de polystyr&#xe8;ne, mais apr&#xe8;s tout, &#xe7;a n’est pas grave, l’essentiel est qu’elle soit &#xe0; l’aise dans ses pompes, se dit-elle en gloussant alors qu’elle se regarde une derni&#xe8;re fois dans le miroir, remettant en place sa casquette, ni trop en arri&#xe8;re, ni trop sur le front, et enfon&#xe7;ant dans ses oreilles les &#xe9;couteurs de son i-pod qu’elle a gliss&#xe9; dans la poche de son gilet, avant de quitter la maison non sans avoir laiss&#xe9; &#xe0; son mari et &#xe0; ses filles des tonnes de recommandations sur la mani&#xe8;re de s’occuper pendant son absence.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Ce matin, remarque Florence apr&#xe8;s avoir ferm&#xe9; la porte de sa maison derri&#xe8;re elle, est un beau matin pour aller courir. C’est l’automne, l’air est piquant mais pas trop frais, et le soleil de Normandie, ni trop lumineux, ni trop fade, r&#xe9;veille les couleurs des feuillages qui se d&#xe9;clinent en diff&#xe9;rentes teintes d’orangers et de bruns. Une l&#xe9;g&#xe8;re brume estompe l’horizon. Le jardin de la maison est encore charg&#xe9; de l’humidit&#xe9; de la nuit, et l’herbe est paillet&#xe9;e de petites perles brillantes. Apr&#xe8;s avoir admir&#xe9; un temps cette nature encore engourdie, elle respire un grand coup et &#xe7;a lui chatouille le nez, puis la voil&#xe0; partie. D&#xe8;s qu’elle a franchi la grille, elle se met &#xe0; courir, et c’est toujours ridicule, pense-t-elle, de se mettre &#xe0; courir comme &#xe7;a, sans raison, de quitter le pas familier pour aller au trot. Ses chaussures rebondissent sur le bitume de la petite route qui passe devant sa maison et la conduit vers la for&#xea;t, dans laquelle elle a h&#xe2;te de s’enfoncer. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Apr&#xe8;s quelques m&#xe8;tres &#xe0; peine, elle met en marche la musique qu’elle a emport&#xe9;e avec elle, parce que Florence ne fait jamais rien sans musique... et qu’en courant, rien ne vaut un bon rythme de batterie pour r&#xe9;gulariser la course. Florence est folle de la musique des ann&#xe9;es quatre-vingt. Elle n’&#xe9;couterait que &#xe7;a, la nuit, le jour, en voiture, en mangeant, en passant l’aspirateur... Elle a gard&#xe9; cette &#xe2;me d’enfant qui a encore devant elle toute une vie &#xe0; d&#xe9;couvrir, faite de petits plaisirs, de d&#xe9;lires entre amis, de nuits en bo&#xee;te de nuit, o&#xf9; on oublie qui on est, d’o&#xf9; l’on vient et ce qu’on fait de sa vie. Elle continue &#xe0; garder pr&#xe9;cieusement dans sa m&#xe9;moire la vision psych&#xe9;d&#xe9;lique de ces chanteuses permanent&#xe9;es et maquill&#xe9;es comme des voitures vol&#xe9;es,&amp;nbsp; dont les joues fard&#xe9;es &#xe0; outrance, les yeux de biche aux paupi&#xe8;res bleues ou violac&#xe9;es, les l&#xe8;vres brillantes, et les tenues paillet&#xe9;es n’ont pas encore pour elle perdu de leur attrait, m&#xea;me si elle est plut&#xf4;t le genre de fille classique, toujours habill&#xe9;e en jeans, rarement en jupe, avec des tennis, des tee-shirt, et des cols en V,&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Elle se souvient, lorsqu’elle &#xe9;tait jeune, des posters qu’elle accrochait alors sur tous les murs de sa chambre, Elles &#xe9;taient toutes l&#xe0;, &#xe0; la regarder, Kim Wilde, divine et vaporeuse, Jeanne Mass, cruelle et d&#xe9;moniaque, Myl&#xe8;ne Farmer, tristement baroque... Elle se souvient aussi des clips, o&#xf9; les femmes fuient toujours des hommes pressants, cach&#xe9;s dans de grands manteaux ou derri&#xe8;re des masques blafards, faisant voler dans leur course leur tignasse de lionne, faisant claquer sur le sol leur talons aiguille qui brisent des vitres, elles courent, ces belles amazones habill&#xe9;es comme des guerri&#xe8;res modernes, mena&#xe7;antes avec leur peinture de guerre, &#xe0; la fois innocentes, pleurantes, f&#xe9;briles, et cruelles voire sanguinaires... disant non quand elles voulaient dire oui, frappant les hommes avec des cravaches et s’enfuyant, encore, toujours, le regard vide et l’&#xe2;me &#xe9;plor&#xe9;e, au bord de la mer ou dans des quartiers d&#xe9;serts, la nuit, pourquoi, pour qui devait-on vivre, r&#xe9;clamaient-elles dans cette &#xe9;poque vampire o&#xf9; les femmes lib&#xe9;r&#xe9;es &#xe9;corchaient avec autant de d&#xe9;sespoir que de rage le r&#xea;ve f&#xe9;minin et na&#xef;f d’un prince innocent au coeur pur... &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Elle s’&#xe9;tait bien r&#xe9;veill&#xe9;e de tout &#xe7;a, pourtant... Elle tra&#xee;nait sa vie comme on tra&#xee;ne une vieille couverture, de plus en plus lourde au fil des ann&#xe9;es, et de plus en plus souvent des pens&#xe9;es morbides la prenaient au milieu de la nuit, la laissant tremblante,&amp;nbsp; suante et en m&#xea;me temps frigorifi&#xe9;e, impuissante dans ses draps mouill&#xe9;s et elle se disait mais qu’est-ce que c’est long, cette vie, &#xe7;a vaudrait bien le coup de mourir d’un cancer comme Marsia Baila !,Mais peu importe, si rien n’a de sens et si rien ne va... restent les airs populaires dont les paroles simples et passionn&#xe9;es font comme une pens&#xe9;e harmonieuse dans sa t&#xea;te pleine d’amertume. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Voil&#xe0; pourquoi elle court, elle court, tous les dimanche matins, m&#xea;me quand elle a fait la f&#xea;te la veille, et aussi le samedi maintenant quand elle a le temps, pour &#xe9;chapper &#xe0; ses fant&#xf4;mes de la nuit, &#xe0; ces visions aussi prenantes que le bruit d’un cargo sifflant qui l’emp&#xea;cherait de dormir... Elle &#xe9;coute cette musique, et cela &#xe9;veille en elle un peu de la folie de la veille, le rythme fou du tambour accompagn&#xe9; du synth&#xe9; l’entra&#xee;ne loin de sa vie, loin de sa t&#xea;te, au plus pr&#xe8;s de son corps qui se ramollit et ne devient plus qu’une machine &#xe0; vapeur, avec une respiration r&#xe9;guli&#xe8;re et puls&#xe9;e comme sa musique qui endort son cerveau accapar&#xe9; par l’effort &#xe0; fournir.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Elle arrive maintenant, alors qu’elle &#xe9;coute sa premi&#xe8;re chanson, Life is life, la meilleure chanson, selon elle, du groupe Opus, au milieu des arbres dress&#xe9;s vers le ciel, comme un chapiteau d’ombre, mais une ombre apaisante, fi&#xe8;re et grave sous laquelle elle se fait la plus discr&#xe8;te possible. Elle aime, elle adore plus que tout &#xea;tre ainsi, ch&#xe9;tive dans l’immensit&#xe9; de ces &#xea;tres vivants et bienveillants qui la regardent passer avec nonchalance, dans un calme qu’elle trouve charg&#xe9; d’une tristesse docile. La vie est merdique, c’est vrai, on a beau dire, rien ne va plus dans ce bas monde, se pla&#xee;t-elle &#xe0; penser tout en se disant que c’est un clich&#xe9; qui reste plein de sens... &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Cet enregistrement, elle l’a d&#xe9;cid&#xe9; avec beaucoup d’attention, peaufinant avec le temps l’ordre dans lequel devaient se succ&#xe9;der ces musiques qui l’entra&#xee;nent, toujours, au septi&#xe8;me ciel. Apr&#xe8;s life is life, elle encha&#xee;ne avec self-control, et dans sa t&#xea;te d&#xe9;filent les images du clip o&#xf9; la jeune chanteuse, Laura Dranigan, bien s&#xfb;r, se r&#xe9;veille dans une chambre en d&#xe9;sordre, affal&#xe9;e de tout son long sur un lit aux draps d’un blanc virginal, aupr&#xe8;s d’une poup&#xe9;e immobile qui la regarde de son oeil grand ouvert. Florence a toujours eu peur des poup&#xe9;es. Toute petite, on lui avait offert un baigneur dans un berceau, mais l’id&#xe9;e de cet &#xea;tre en plastique qui restait obstin&#xe9;ment les yeux ouverts dans le noir lui faisait atrocement peur. Combien de fois s’&#xe9;tait-elle lev&#xe9;e pour mettre le b&#xe9;b&#xe9; &#xe0; plat ventre, et ne plus voir, ne plus imaginer en tout cas ce regard froid fix&#xe9; sur un point pr&#xe9;cis dans l’obscurit&#xe9; ? Maintenant, avec ses deux filles, il lui arrive d’imaginer encore, lorsqu’elle les embrasse une derni&#xe8;re fois avant d’aller se coucher, qu’elles ont gard&#xe9; dans leur sommeil les yeux ouverts qui la regardent sans la voir... Brrrr... &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Chassant ces pens&#xe9;es noires qui lui embrouillent le cerveau et bouleversent le d&#xe9;but de sa course, Florence se concentre de nouveau sur la musique, et sur sa respiration qui commence &#xe0; trouver son rythme. Apr&#xe8;s &#xab; Self control &#xbb;, le disque MP3 de Florence encha&#xee;ne sur Cambodia, de Kim Wilde, avec un synth&#xe9; &#xe9;coeurant et un rythme binaire &#xe0; quatre temps d’une fausse batterie, mais elle s’en fout elle s’&#xe9;clate quand m&#xea;me et elle revoit Kim Wilde danser au milieu des serpents, pendant qu’elle-m&#xea;me franchit le dernier virage avant l’or&#xe9;e de la for&#xea;t et emprunte le chemin de terre qui traverse les champs, jusqu’au village. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Mais alors qu’&#xe0; ses oreilles lui parviennent les premi&#xe8;res notes de Im Nin’alu, de Ofra Haza, lui mettant dans la t&#xea;te l’ image exaltante d’un visage de femme orientale aux yeux noirs encore assombris par un mascara plus qu’&#xe9;pais,sur un fond de sable ventil&#xe9; qui s’&#xe9;tend &#xe0; perte de vue autour d’une cit&#xe9; &#xe9;cras&#xe9;e par un soleil aride, elle aper&#xe7;oit &#xe0; deux cent m&#xe8;tres devant elle une voiture, gar&#xe9;e sur le chemin, et un groupe d’hommes habill&#xe9;s en vert-bouteille post&#xe9;s l&#xe0;, &#xe0; la lisi&#xe8;re du champ, tout le long du chemin qu’elle emprunte justement tous les dimanche depuis qu’elle habite ici. Elle ralentit l’allure, ne sachant que faire maintenant, pestant contre ces chasseurs du dimanche qui tournent maintenant la t&#xea;te dans sa direction. Faut-il qu’elle rebrousse chemin, et retourne dans la for&#xea;t, rompant ainsi le charme de son parcours minutieusement &#xe9;labor&#xe9;, ou doit-elle continuer, la peur au ventre, et passer devant ces grappes d’hommes mal ras&#xe9;s, tout en les ignorant ? Mais d’ailleurs a-t-elle le droit de passer aussi pr&#xe8;s de ce qui est devenu, &#xe0; son grand d&#xe9;sarroi, un terrain de chasse ? Car si elle sait par exemple avec perfection ce qu’il faut choisir comme cadeau pour n’importe qui, et ce qu’il faut porter quand on va &#xe0; l’op&#xe9;ra, elle ignore totalement ce qu’on est suppos&#xe9; faire quand&amp;nbsp; on croise lors de son footing une horde de chasseurs arm&#xe9;s jusqu’aux dents... &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le footing choisit avant elle... sa course ne s’arr&#xea;tera pas devant un obstacle aussi grossier... apr&#xe8;s tout, ce chemin de terre est autant &#xe0; elle qu’&#xe0; ces stupides chasseurs qui, ne peut-elle s’emp&#xea;cher de remarquer, ont l’air, &#xe0; cinquante m&#xe8;tres maintenant d’elle, de badauds attendant &#xe0; la buvette d’une f&#xea;te foraine le d&#xe9;but d’un feu d’artifice. Ils ne sont plus maintenant qu’&#xe0; vingt m&#xe8;tres, et son petit coeur affol&#xe9; par la course s’affole de plus belle. Elle s’arr&#xea;te, leur en voulant d&#xe9;j&#xe0; d’avoir du s’arr&#xea;ter, et retire de ses oreilles les &#xe9;couteurs qui pendent maintenant sur son cou gracile. Tous les hommes de ce premier groupe regardent avec curiosit&#xe9; cette jeune femme en cale&#xe7;on noir et casquette rose s’arr&#xea;ter devant eux. Elle rel&#xe8;ve l&#xe9;g&#xe8;rement sa casquette et prononce, souriant &#xe0; peine, d’une voix timide et essouffl&#xe9;e : &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &#xab; Bonjour, messieurs, je ne risque rien si je continue sur ce chemin ? &#xbb;&lt;br /&gt;Les hommes ont l’air tr&#xe8;s amus&#xe9; de cette question apparemment saugrenue. Ils se regardent de biais en souriant, pendant que l’un d’eux, une cigarette au bec, r&#xe9;pond en gloussant :&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &#xab; Bah non, vous risquez rien, mademoiselle, mais va falloir que vous couriez vite ! &#xbb;&lt;br /&gt;Sur cette spirituelle r&#xe9;ponse, un rire sourd et grave, &#xe0; peine un murmure, soul&#xe8;ve les physionomies qui se cachent eux aussi sous de sombres casquettes. A bien y regarder, ils ressembleraient plus &#xe0; des brigands qui se d&#xe9;robent aux yeux des autres qu’&#xe0; des chasseurs, et ce n’est pas fait pour rassurer Florence qui se sent de plus en plus mal &#xe0; l’aise... Au loin, elle entend un rabatteur, cach&#xe9; dans le champ de ma&#xef;s qui longe le chemin, qui lance de grands cris, sans doute sur une petite b&#xea;te qui a pens&#xe9; &#xea;tre en s&#xe9;curit&#xe9; sous les hautes feuilles des grands &#xe9;pis, et les t&#xea;tes des chasseurs se retrouvent &#xe0; nouveau fix&#xe9;s sur le champ qui remonte &#xe0; perte de vue jusqu’&#xe0; la prochaine route. &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &#xab; Bon, alors, bonne chasse ! &#xbb; ajoute Florence avec raideur, en reprenant non sans appr&#xe9;hension sa petite course sur le chemin, se sentant ridicule devant ces hommes dont les bottes crott&#xe9;es et les pantalons presque militaires ne lui inspirent que du m&#xe9;pris, elle qui a adh&#xe9;r&#xe9; durant plusieurs ann&#xe9;es &#xe0; la fondation de Brigitte Bardot pour la d&#xe9;fense des animaux et contre le port de la fourrure, elle qui a m&#xea;me pouss&#xe9; jusqu’&#xe0; devenir v&#xe9;g&#xe9;tarienne, mais pas longtemps, en fait, et elle entend, derri&#xe8;re elle, un homme goguenard lui r&#xe9;pondre &#xab; et bon footing ! &#xbb; mais sa course, de plus en plus rapide, l’a amen&#xe9; trop loin pour qu’elle puisse y r&#xe9;pondre. Devant elle, tout le long du chemin, encore un groupe, bonjour, bonjour, puis un autre, &#xab; bonjour, bonjour &#xbb;, et au bout un dernier, et ensuite, c’est termin&#xe9;, elle soupire, elle pourra replonger dans la for&#xea;t qui longe le village, et se retrouver, du moins elle l’esp&#xe8;re, en s&#xe9;curit&#xe9; dans la for&#xea;t, haute maison des oiseaux bocagers, disait Ronsard... &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Elle sent encore tous ces regards d’hommes qui ont suivi sa course tout le long du chemin, la carabine &#xe0; l’&#xe9;paule, ces hommes qui pourraient, si elle filait dans les champs, la confondre avec une petite biche telle qu’elle en a vu plusieurs fois dans les bois, et sans savoir pourquoi, elle commence &#xe0; avoir dr&#xf4;lement peur et sa course devient une fuite, elle fuit, sans savoir au juste si ce n’est pas le contraire qu’il faudrait faire, rester calme, s’arr&#xea;ter, reprendre son souffle, non, elle fuit de plus en plus vite, menant &#xe0; mal sa respiration qui devient de plus en plus haletante, elle imagine la pauvre biche prise aux pi&#xe8;ges entre le rabatteur et ce groupe d’hommes, paisiblement install&#xe9;s sur le chemin comme au ball-trap, pr&#xea;ts &#xe0; &#xab; d&#xe9;cocher &#xbb; tous leur balle sur la pauvre b&#xea;te qui n’a aucune chance de s’en sortir, aucune. Florence, les mains tremblantes, a enfonc&#xe9; de nouveau, comme une drogu&#xe9;e, les &#xe9;couteurs de son e-pod dans les oreilles et elle entend la voix de St&#xe9;phanie de Monaco, encore une princesse triste et paillet&#xe9;e, qui chante Ouragan. Mais m&#xea;me cette chanson, sa chanson f&#xe9;tiche, celle qu’elle &#xe9;coute toujours malgr&#xe9; les moqueries de ses amies, de son mari, et bient&#xf4;t, elle n’en doute pas, de ses filles, m&#xea;me cette chanson ni triste ni gaie ne lui remonte le moral...&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Elle a juste envie de retourner chez elle, de rentrer vite fait, serrer ses filles contre elle, et m&#xea;me son mari, alors elle qui courait d&#xe9;j&#xe0; se met &#xe0; courir plus vite, mais elle a ses limites tout de m&#xea;me, pour arriver plus vite &#xe0; la maison, il faudrait couper &#xe0; travers champs, reprendre un autre petit chemin qui risquerait de la remettre dans les pattes des chasseurs qui ne doivent pas avoir beaucoup plus de piti&#xe9; pour elle, une petite bonne femme pr&#xe9;cieuse aux baskets d’une blancheur &#xe9;blouissante, que pour une pauvre biche innocente... Il ne lui reste que quelques kilom&#xe8;tres, ce n’est pas la mort, tout de m&#xea;me... Satan&#xe9;s chasseurs, pense-t-elle en essayant de calmer sa respiration, ce n’est pas de leur faute, mais tout de m&#xea;me, ils auraient pu ne pas &#xea;tre l&#xe0;, ou pire, ils auraient pu &#xea;tre ailleurs, de l’autre c&#xf4;t&#xe9; du champ, et ils ne l’auraient pas vue, en tout cas pas bien et ils lui auraient tir&#xe9; une balle dessus, malgr&#xe9; sa course ils lui auraient touch&#xe9; la jambe, et elle se serait mise &#xe0; boiter, &#xe0; hurler sous la douleur et elle repense alors &#xe0; une bande-dessin&#xe9;e qu’elle adorait lire quand elle &#xe9;tait petite, une bande dessin&#xe9;e qui raconte l’histoire d’un troubadour amoureux d’une f&#xe9;e des bois, et cette f&#xe9;e se transforme en biche pour lui &#xe9;chapper mais elle se fait transpercer le cou par la fl&#xe8;che d’un chasseur et le pauvre troubadour, qui a assist&#xe9; impuissant &#xe0; la sc&#xe8;ne tragique ne peut que hurler un &#xab; non &#xbb;, bouleversant, les yeux pleins de larmes, se souvient-elle avec &#xe9;motion...&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; A bout de souffle, alors qu’elle quitte le village, Florence s’arr&#xea;te. Elle ne fera pas aujourd’hui une foul&#xe9;e de plus... Cette fois-ci, le coeur n’y est plus... Faisant distraitement ses exercices d’&#xe9;tirement, elle observe le paysage qui l’entoure. Le soleil a disparu. Un peu de brume brouille l’horizon o&#xf9; s’&#xe9;talent les champs. Sur sa droite, la for&#xea;t se d&#xe9;ploie jusqu’&#xe0; son hameau. L&#xe0;-bas, derri&#xe8;re le renflement de la plaine, se trouve sa maison. Et en plus, cette fois-ci, peste-t-elle, elle n’a pas pris son portable. Haussant les &#xe9;paules avec tristesse, elle entend les derni&#xe8;res notes de Tristana, seule chanson triste de sa compile. La vie est vraiment merdique, se dit-elle en marchant, courb&#xe9;e et d&#xe9;sempar&#xe9;e... Maintenant, elle n’a plus qu’&#xe0; rentrer au pas. Et &#xe0; choisir un chemin qui la fasse passer le plus loin possible des chasseurs qui peut-&#xea;tre la guettent, petite f&#xe9;e rose bonbon se faufilant au milieu des paisibles bocages. Avec un peu de chance, elle sera &#xe0; la maison saine et sauve, juste &#xe0; temps pour d&#xe9;guster un bon d&#xe9;jeuner avec les filles sans doute tr&#xe8;s inqui&#xe8;tes du retard de leur maman...Et elle aura le temps en chemin d’&#xe9;couter une deuxi&#xe8;me fois son mp3. C’est toujours &#xe7;a...&lt;/p&gt;</description><pubDate>Sun, 30 Dec 2007 11:23:25 GMT</pubDate></item><item><title>Roman - 6. Premi&#xe8;re partie. Chapitre 5.</title><dc:creator>lescendresda</dc:creator><link>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2007/11/06/6790354.html</link><category>Romans</category><comments>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2007/11/06/6790354.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lescendresda.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/6790354/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lescendresda.canalblog.com/archives/2007/11/06/6790354.html</guid><description>
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Chapitre cinq : Une nuit atroce&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Claquant la porte derri&#xe8;re moi, je sens
mon coeur se serrer. Fou de rage, je jette la bague contre le mur, et
m’effondre sur le sol. Quelle d&#xe9;ception ! Lui qui se dit &#xea;tre ma seule
famille, comment ose-t-il me laisser ainsi dans l’ignorance ! Tout &#xe0; ma
rage, je contemple le sol &#xe0; la recherche de cette bague, qui me plonge soudain
dans une solitude d&#xe9;sesp&#xe9;rante. Je ne la vois plus ! Affol&#xe9;, je cherche &#xe0;
t&#xe2;tons sur le sol. Elle a d&#xfb; glisser sous le lit. Je me penche, tendant le bras
pour l’atteindre. Et soudain, une poigne se resserre sur mon bras, et une voix
de femme, presque un murmure, l’accompagne :&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&#xab; Ne crie pas, sinon je te coupe
la main !&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Rapide
comme l’&#xe9;clair, la jeune femme, que je reconnais aussit&#xf4;t,&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;sort de sa cachette, plus agile qu’un chat,
tout en me tenant le bras de sa main, petite, mais muscl&#xe9;e. Accroupie devant
moi, elle sourit d’une mani&#xe8;re peu amicale.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&#xab; Alors, tu as des petits
soucis ? Cela n’est rien &#xe0; c&#xf4;t&#xe9; de ceux qui t’attendent si tu ne fais pas
exactement ce que je te dis de faire... &#xbb;&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Terroris&#xe9;, je contemple mon bourreau.
Elle me para&#xee;t encore plus jolie qu’en bas! Ses grands yeux noisette me
transpercent, et ce petit sourire narquois donne &#xe0; son visage un air tout &#xe0;
fait charmant.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&#xab; Cela ne m’enchante gu&#xe8;re, mais
nous allons devoir partager la m&#xea;me chambre. Ces nigauds de soldats n’ont pas
r&#xe9;ussi &#xe0; me trouver, mais ils ne vont pas s’arr&#xea;ter l&#xe0;. Si tu ouvres la bouche
sans mon autorisation, je transperce ta jolie petite gorge... c’est
clair ? &#xbb;&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Sans
dire un mot, j’acquiesce. Elle pointe son poignard sur ma gorge, ma jolie
gorge, a-t-elle dit... En disant cela, elle a approch&#xe9; son visage du mien,
presque &#xe0; le toucher. Je peux sentir l’odeur de ses cheveux, un m&#xe9;lange d’ambre
et de musc, et son haleine me chauffe la peau. Ses grands yeux me transpercent.
Elle ne sourit plus du tout, et pourtant ce regard mena&#xe7;ant ne change rien &#xe0; sa&lt;/font&gt;
&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;beaut&#xe9;, au contraire. Cette m&#xe9;chancet&#xe9;, cette hargne lui donne un air de b&#xea;te
sauvage, qui la rend encore plus s&#xe9;duisante. Je n’ose respirer... Ma baguette
n’est pas loin, je pourrais m’en servir pour la rendre inoffensive, si elle me
laisse le temps d’invoquer un sort d’emprisonnement. Mais d’une part, c’est
peut-&#xea;tre risqu&#xe9;, car elle para&#xee;t tout de m&#xea;me assez rapide, et d’autre part,
je suis assez int&#xe9;ress&#xe9; &#xe0; l’id&#xe9;e de passer la nuit avec elle. Je me surprends &#xe0;
&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;penser&lt;/font&gt; que quelques enchantements bien plac&#xe9;s pourraient la rendre aussi docile
qu’un agneau... Mais suivant mon regard, elle aper&#xe7;oit la baguette, et s’en
empare en un clin d’oeil.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&#xab; Tu es une salet&#xe9; de mage,
hein ? Tu complotais quelque chose contre moi ? Peut-&#xea;tre m&#xea;me es-tu
en train d’invoquer un sort ? glapit-elle en enfon&#xe7;ant la petite lame de
son poignard dans la peau de mon cou.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;-Non, je vous assure ! je serais
incapable de rien faire sans ma baguette ! Je ne suis qu’un apprenti,
seuls les mages d’une grande adresse sont capables d’une telle prouesse !&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;- Comme le vieux mage qui &#xe9;tait avec
toi en bas ?&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;- Non, m&#xea;me Agrippa en serait
incapable... Seuls les mages guerriers savent faire cela...&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;- les mages guerriers... Ces saloperies
qui balancent des tornades et des &#xe9;clairs ? Bon, peu importe... Tu as
l’air de me dire la v&#xe9;rit&#xe9;... Mais je ne veux pas prendre de risque... Il est
temps que tu fasses dodo... Mais avant, je vais te faire une confidence...&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Elle
s’approche tout pr&#xe8;s, et je tremble de ce qu’elle va me faire.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&#xab; Je suis allergique aux
mages ! &#xbb;&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Avec
le pommeau de son poignard, elle m’ass&#xe8;ne un grand coup sur le cr&#xe2;ne, et je
sombre dans le noir le plus total. Avant de m’effondrer, je l’entends ricaner.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Quelques heures plus tard, je reprends
conscience. J’ai tr&#xe8;s mal &#xe0; la t&#xea;te. Il fait noir. C’est la nuit. Je me l&#xe8;ve
p&#xe9;niblement, ma chambre est plong&#xe9;e dans l’obscurit&#xe9;, et la belle est partie.
Je sors de ma chambre. Tout est calme et silencieux. En bas, il n’y a personne,
j’ai du mal &#xe0; marcher parce qu’on ne voit rien. La t&#xea;te me tourne, je suffoque,
une sueur glac&#xe9;e coule sur mon front. Serais-je en train de mourir ?
Posant une main sur ma t&#xea;te, je peux constater que je ne saigne pas. Alors d’o&#xf9;
me vient cette douleur ? J’ai soudain tr&#xe8;s mal au ventre. Je cours jusqu’&#xe0;
la porte de l’auberge, que j’ouvre violemment. Dehors, le vent me rafra&#xee;chit un
instant. &lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Deux soldats montent la garde. A ma vue, ils s’approchent de moi, mais
je les vois &#xe0; peine. Une douleur affreuse s’empare de mon ventre, et je me
tords en deux. Les deux soldats me rel&#xe8;vent, et j’essaie de leur dire que la demi-elfe
est dans l’auberge, et qu’elle m’a peut-&#xea;tre empoisonn&#xe9;, mais les mots restent
coinc&#xe9;s dans ma gorge. J’hal&#xe8;te, je suffoque, mes yeux se troublent. La douleur
dans mon ventre est trop forte, trop forte, je me mets &#xe0; hurler... devant mes
yeux, je vois danser les arbres dans le vent, qui est toujours aussi fort, et
les arbres se m&#xe9;tamorphosent en deux monstres noirs, affreux, gigantesques, qui
lancent dans le ciel des cris per&#xe7;ants, des cris terribles, inhumains,
inaudibles, des cris qui transpercent mes oreilles, ou est-ce le vent qui
siffle ainsi ? il semble que ces cris vont faire exploser ma t&#xea;te... et
cette douleur, cette douleur qui me lance dans les entrailles, je me mets &#xe0;
vomir, et j’entends vaguement les soldats qui tentent de me ramener &#xe0; l’int&#xe9;rieur
de l’auberge. Je les regarde de mes yeux hagards, et leurs traits se
brouillent, je ne les vois plus, tout dispara&#xee;t dans un &#xe9;pais brouillard... &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Soudain je ne vois qu’un grand mont qui
s’&#xe9;l&#xe8;ve sur un ciel rouge, au milieu d’une &#xe9;tendue pierreuse, et pas une herbe,
pas un arbre ne perturbe cette monotonie de pierres grises et noires. Une
clart&#xe9; diffuse semble venir du sol. J’ai soudain tr&#xe8;s chaud. Le sol fume tout
autour de moi. Je gravis le mont o&#xf9; la chaleur est encore plus forte. Je monte,
je monte, et soudain, tout en haut, je peux voir un trou b&#xe9;ant qui plonge loin
dans les profondeurs de la terre... je vais me jeter dans ce pr&#xe9;cipice fumant,
si je ne m’arr&#xea;te pas, mais je continue &#xe0; marcher, alors je me d&#xe9;bats,
non ! non ! mais je suis toujours en train d’avancer, je ne peux pas
m’arr&#xea;ter, quelque chose m’attire l&#xe0;, vers ce pr&#xe9;cipice, ce pr&#xe9;cipice tout
noir, dont le fond rouge me br&#xfb;le le visage, c’est un volcan, et ce volcan va
s’ouvrir ! et les cris, les cris stridents retentissent de plus belle,
elles me vrillent les tympans.&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Je vois
alors surgir du gouffre quatre &lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;silhouettes, noires, immenses, des ombres qui
dansent dans la fum&#xe9;e, qui s’avancent vers moi, et je tombe, je tombe en
hurlant dans le pr&#xe9;cipice, je suis dans la fum&#xe9;e, je ne vois plus que du
gris,&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;mes cheveux br&#xfb;lent, mes habits
br&#xfb;lent, tout mon corps n’est plus qu’une torche vivante, et je plonge dans la
lave, mon corps se d&#xe9;sint&#xe8;gre, et c’est le noir, le froid de la mort, je suis
mort !! et des cris stridents r&#xe9;sonnent encore en moi dans la mort...&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Je respire de nouveau. Plus aucun cri
ne r&#xe9;sonne en moi. J’ouvre les yeux. Je suis allong&#xe9; sur le lit de ma petite
chambre, &#xe0; l’auberge. Agrippa, sur une chaise, ronfle doucement. Dehors, il
fait jour. Une belle lumi&#xe8;re inonde la pi&#xe8;ce. Le soleil est revenu, et moi
aussi...&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
</description><pubDate>Tue, 06 Nov 2007 10:22:05 GMT</pubDate></item><item><title>Roman - 5. Premi&#xe8;re partie. Chapitre 4.</title><dc:creator>lescendresda</dc:creator><link>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2007/11/04/6768142.html</link><category>Romans</category><comments>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2007/11/04/6768142.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lescendresda.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/6768142/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lescendresda.canalblog.com/archives/2007/11/04/6768142.html</guid><description>
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;Chapitre 4 : L’auberge
pleine&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;De nouveau,&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;un bruit de galop se fait entendre. Plusieurs
chevaux, apparemment, s’arr&#xea;tent devant l’auberge. On frappe de grands coups &#xe0;
la porte. Agrevin court ouvrir, et une troupe de soldats entre dans l’auberge
dans un cliquetis d’arme qui trouble le silence paisible qui r&#xe8;gne dans la
salle. Ces soldats portent sur leur armure le sceau de Mortemer. Ils tiennent
un gros orque encha&#xee;n&#xe9;, v&#xea;tu comme un citadin, d’une &#xe9;l&#xe9;gante cape et d’un
habit en soie. G&#xe9;n&#xe9;ralement, les orques portent des tuniques en cuir &#xe9;pais, car
ils vivent dans le Nord, mais celui-ci semble ne plus habiter l&#xe0;-bas depuis
longtemps. Il garde cet aspect trapu, ce teint verd&#xe2;tre, ces dents qui
d&#xe9;forment la m&#xe2;choire, et ces yeux petits, sournois, soulign&#xe9;s d’&#xe9;pais sourcils
qui terminent un front &#xe9;troit. Mais le raffinement de sa tenue, et une certaine
intelligence dans ses yeux, fait penser que cet orque vient d’une tribu
d’orques qui sont venus, apr&#xe8;s la paix, s’installer dans des cit&#xe9;s d’humains,
des cit&#xe9;s comme Alican qui tentent de les int&#xe9;grer, en oubliant leurs atrocit&#xe9;s
pass&#xe9;es. Certains orques sont ainsi devenus mages, po&#xe8;tes, commer&#xe7;ants, faisant
taire en eux la b&#xea;te conditionn&#xe9;e &#xe0; tuer ou &#xe0; mourir. Celui-ci, en plus de son
habit raffin&#xe9;, est remarquable par une jambe de bois, qui le fait bo&#xee;ter
lorqu’il marche. H&#xe9;lias, face &#xe0; cette entr&#xe9;e fracassante, s’est lev&#xe9;, alors que
le capitaine, pr&#xe9;c&#xe9;dant ses soldats, lui fait signe. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&#xab; Seigneur, fait-il avec fiert&#xe9;
nous l’avons rattrap&#xe9; !&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Comme vous
l’aviez dit, il r&#xf4;dait dans la for&#xea;t, et il s’est enfui &#xe0; notre approche. Vous
pouvez vous r&#xe9;jouir. Car nous avons enfin retrouv&#xe9; Achass, et nous l’avons
captur&#xe9; !&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;H&#xe9;lias, fort contrari&#xe9;, se met &#xe0; parler
assez rudement au soldat, qui se met &#xe0; bl&#xea;mir.&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&#xab; Esp&#xe8;ce d’imb&#xe9;cile, l’entends-je
dire, cet individu n’a rien &#xe0; voir avec celui que je poursuivais ! Vous ne
savez donc pas diff&#xe9;rencier un orque d’un autre orque ? Je le connais,
celui-l&#xe0;, c’est un vulgaire contrebandier, un simple voleur de tr&#xe9;sor
elfique ! Vous vous &#xea;tes tromp&#xe9;s !&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Allant
du capitaine au prisonnier, qu’il regarde avec d&#xe9;pit, il marche d’un pas
rapide, atterr&#xe9;. Il r&#xe9;fl&#xe9;chit un instant, semble retrouver son sang-froid, et
prononce d’une voix glac&#xe9;e ;&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;- Il ne vous reste plus qu’&#xe0; retourner
&#xe0; Alican, et &#xe0; remettre ce pauvre bougre aux autorit&#xe9;s ! Achass doit &#xea;tre
loin, &#xe0; l’heure qu’il est !&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Fou de rage, H&#xe9;lias sort de l’auberge.
Lorsqu’il ouvre la porte, nous voyons le vent s’engouffrer dans la salle de
l’auberge. Les soldats, d&#xe9;pit&#xe9;s, le suivent dehors, entourant le prisonnier
qui, avant de sortir, jette un oeil inquiet dans la salle. Peu de temps apr&#xe8;s,
H&#xe9;lias revient, tremp&#xe9;, les cheveux en d&#xe9;sordre, toujours tr&#xe8;s remont&#xe9;.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&#xab; O&#xf9; est-elle ? nous
demande-t-il.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Je me
retourne, assez intrigu&#xe9;. La belle sauvageonne a disparu, comme par
enchantement !&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;- Je pense que c’&#xe9;tait sa complice...
annonce alors H&#xe9;lias. Mais peu importe... les soldats vont rester ici pour la
nuit, il semble que la temp&#xea;te ne veuille pas se calmer, bien au contraire...
Son cheval est &#xe0; l’&#xe9;curie, deux hommes vont le surveiller, et les autres
fouilleront l’auberge. Elle ne pourra aller bien loin sans sa monture, et je
doute qu’elle mette le nez dehors, toute elfe qu’elle soit, par ce temps effroyable.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Oubliant un instant mes griefs contre
mon ma&#xee;tre, je me dirige vers la fen&#xea;tre. Derri&#xe8;re la vitre, le vent souffle
violemment, les arbres plient, leurs feuilles s’arrachant par grosses poign&#xe9;es
dans l’air mouill&#xe9;. Une grosse pluie tombe sur le sol d&#xe9;j&#xe0; d&#xe9;tremp&#xe9;, et le
ciel, sombre comme en pleine nuit, alors qu’il est &#xe0; peine huit heures du soir,
et que nous sommes au d&#xe9;but de l’&#xe9;te, enveloppe tout cela d’une ombre
mena&#xe7;ante. Je frissonne devant ce spectacle de la nature, je me sens presque
mal, lorsque soudain, au milieu de ce tumulte, de cette violence des &#xe9;l&#xe9;ments,
j’aper&#xe7;ois au bord du chemin, &#xe0; une centaine de m&#xe8;tres, deux petits &#xea;tres qui
se tiennent l’un contre l’autre, &#xe0; demi-nus, avan&#xe7;ant p&#xe9;niblement contre le
vent.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&#xab; Ma&#xee;tre ! Venez voir !
Il y a deux enfants dehors, qui semblent en difficult&#xe9; ! &#xbb;&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Agrippa, tr&#xe8;s &#xe9;tonn&#xe9;, me rejoint pr&#xe8;s
de la fen&#xea;tre. H&#xe9;lias, qui a tout entendu, est reparti dehors avec un de ses
soldats et nous les voyons s’approcher, lentement, des deux &#xea;tres craintifs
qui, apr&#xe8;s avoir tent&#xe9; de s’enfuir, sont rejoints par les soldats qui les
m&#xe8;nent jusqu’&#xe0; l’auberge. Les voyant approcher, Agrippa me dit :&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&#xab; Ce ne sont pas des enfants,
Arp&#xe8;ge. Ce sont des mor&#xe9;ens. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;- Des mor&#xe9;ens ? Mais je croyais
que les mor&#xe9;ens &#xe9;taient des &#xea;tres imaginaires, invent&#xe9;s par les adultes pour
faire r&#xea;ver les enfants ! s’exclame H&#xe9;lias.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;-Tu as devant tes yeux la preuve qu’ils
existent bel et bien !&#xbb;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Les mor&#xe9;ens sont peut-&#xea;tre le peuple le
plus doux, le plus attendrissant qu’on n’ait jamais vu. Vivant tr&#xe8;s loin d’ici,
aux fronti&#xe8;res du Monde connu, sur une archipel des mers chaudes, bien au sud,
tout au sud, ce peuple est facilement identifiable par l’aspect de ses
individus, bien qu’on en rencontre rarement par chez nous, m&#xea;me &#xe0; Alican, o&#xf9;
pourtant &#xe0; peu pr&#xe8;s toutes les races sont repr&#xe9;sent&#xe9;es. Moi, je n’en avais
jamais vu. Les mor&#xe9;ens&lt;/font&gt; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;ressemblent &#xe0; des humains, mais ils sont un peu plus
petits. Ils ont de plus la peau tr&#xe8;s blanche, et des cheveux noirs et &#xe9;pais.
Leurs yeux sont bleus comme l’oc&#xe9;an. Et il sont plut&#xf4;t menus. Agiles, discrets,
on les compare parfois aux elfes, m&#xea;me si leur discr&#xe9;tion n’est qu’une
timidit&#xe9;, contrairement aux elfes, qui sont aust&#xe8;res. Rest&#xe9; depuis toujours en
autarcie, s&#xe9;par&#xe9; du reste du monde par la mer, sa meilleure protection contre
les invasions, cet humble peuple a toujours d&#xe9;fendu son ind&#xe9;pendance, et son
mode de vie simple. Les mor&#xe9;ens, d’apr&#xe8;s ce que j’en avais lu, et d’apr&#xe8;s ce
que mon ma&#xee;tre m’en avait dit, vivaient effectivement tr&#xe8;s simplement,
cultivant leur terre, et &#xe9;levant les moutons qui paissaient dans les montagnes.
Ils mangeaient le produit de leurs b&#xea;tes, p&#xea;chaient les poissons qui vivaient
autour de leurs &#xee;les, cultivaient leurs l&#xe9;gumes, et leurs champs. Ils
v&#xe9;n&#xe9;raient encore une divinit&#xe9;, celle de la Terre, et croyaient aux pr&#xe9;sages
que leur envoyait la nature. Pour eux, la seule magie &#xe9;tait celle du soleil qui
faisait pousser leur bl&#xe9;, le reste n’&#xe9;tait que sorcellerie. Le reste,
d’ailleurs, ils ne le connaissaient pas. Les mages, les esprits qui r&#xf4;dent, les
sortil&#xe8;ges semblaient n’avoir aucun impact sur eux. Ils &#xe9;taient miraculeusement
prot&#xe9;g&#xe9;s de toute l’atrocit&#xe9; du monde. Agrippa, tr&#xe8;s intrigu&#xe9; par tout cela,
&#xe9;tait all&#xe9; passer quelques temps dans l’&#xee;le principale, Atta. Il m’avait
racont&#xe9; que les livres &#xe9;taient rares dans les maisons, et qu’il &#xe9;tait difficile
de rentrer en relation avec les mor&#xe9;ens. Patiemment, il avait appris &#xe0;
respecter leurs croyances, leurs coutumes, et il s’&#xe9;tait petit &#xe0; petit fait
accepter parmi eux, mais ils restaient tr&#xe8;s distants avec lui, et refusaient de
lui parler lorsqu’ils se sentaient observ&#xe9;s par les autres. Agrippa avait
travers&#xe9; l’&#xee;le de long en large, et nulle part il n’avait senti de mauvaise
vibration. Rien n’&#xe9;tait plus pur que ce petit morceau de monde, et cela pour
Agrippa &#xe9;tait bien &#xe9;trange. Sa baguette &#xe9;tait inop&#xe9;rante, ses pouvoirs &#xe9;teints.
Rien ne fonctionnait, que le soleil, comme lui avait dit un paysan du coin, qui
osait lui parler quelquefois.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Il &#xe9;tait rest&#xe9; quelques mois, mais il
n’avait rien trouv&#xe9; qui explique ce ph&#xe9;nom&#xe8;ne. Alors, il &#xe9;tait rentr&#xe9; chez lui,
bien content en revenant sur le continent de retrouver ses incantations et ses
grimoires. Il avait longuement cherch&#xe9; une signification &#xe0; cette parenth&#xe8;se du
monde, mais il n’apprit rien, que la description de cette &#xe9;vidence. Les forces
magiques qui r&#xe9;gissaient l’univers s’arr&#xea;taient aux fronti&#xe8;res de la
Mor&#xe9;a ! &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Alors que font ces Mor&#xe9;ens ici, loin de
leur terre ? Agrippa s’approche des deux petits &#xea;tres f&#xe9;briles, qui l&#xe8;vent
sur nous des yeux apeur&#xe9;s. Il y a un homme, un jeune homme, et une femme, une
jeune femme. Lui ne porte rien d’autre qu’un pantalon tout us&#xe9;, des bottes
trou&#xe9;es, et c’est tout. Un petit sac en cuir mou lui serre le torse, qu’il a
nu. Pas un poil ne recouvre sa poitrine, ni son menton. Il a une &#xe9;paisse
tignasse, et de grands yeux bleus, qu’on regarde avec difficult&#xe9; tant leur
couleur est limpide. La femme est plus petite que lui. Elle se blottit contre
l’homme, enfon&#xe7;ant &#xe0; demi son visage contre son &#xe9;paule. Je peux voir un grand oeil,
noir, celui-ci, qui me regarde avec crainte. Elle porte une petite tunique
blanche, tremp&#xe9;e par la pluie, et je ne peux m’emp&#xea;cher de rougir face &#xe0; cette
nudit&#xe9; &#xe0; peine voil&#xe9;e. Ses longs cheveux tombent sur ses &#xe9;paules en grosses
m&#xe8;ches noires. Elle porte elle aussi des bottes en mauvais &#xe9;tat, et un petit
sac, accroch&#xe9; &#xe0; sa ceinture. Tous deux tremblent, et je ne pense pas que c’est
le froid qui les fait trembler.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Autour d’eux, les soldats, H&#xe9;lias,
l’aubergiste, mon ma&#xee;tre, et moi aussi, nous les regardons, fascin&#xe9;s. Comme ils
sont beaux, si parfaitement beaux ! Malgr&#xe9; nous, nous les couvons de notre
regard insistant, comme devant une oeuvre d’art, un coucher de soleil sur la
mer... nous sommes chacun happ&#xe9;s, s&#xe9;duits, emport&#xe9;s par la suavit&#xe9; de leurs traits,
enivrante et inexplicable... Agrippa est le premier &#xe0; troubler notre &#xe9;tat
hypnotique. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&#xab; Poussez-vous, voyons,
s’exclame-t-il en brisant de ses bras le cercle que nous avons resserr&#xe9; autour
d’eux. Vous voyez bien qu’ils ont peur ! &#xbb;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Nous r&#xe9;veillant petit &#xe0; petit de notre
contemplation hagarde, nous nous reculons. Les soldats, sur l’ordre de leur
seigneur, emm&#xe8;nent le prisonnier vers l’&#xe9;table, o&#xf9; il est d&#xe9;cid&#xe9; qu’il passera
la nuit.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&#xab; Que font ces mor&#xe9;ens ici ?
Je pensais qu’ils ne quittaient jamais leur &#xee;le ! demand&#xe9;-je &#xe0; Agrippa.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;-Moi aussi, je le pensais. C’est la
premi&#xe8;re fois que j’en vois en dehors de chez eux...&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;- Ils sont encore tr&#xe8;s jeunes...
Qu’est-ce qui les a pouss&#xe9;s &#xe0; partir si loin ?&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Agrippa,
tr&#xe8;s &#xe9;tonn&#xe9;, regarde les jeunes gens, se penchant un peu pour leur appara&#xee;tre
moins imposant. Esquissant un sourire, il prononce quelques mots dans une
langue &#xe9;trange, mais ils ne r&#xe9;pondent rien, et se blottissent l’un contre
l’autre, encore plus effray&#xe9;s.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&#xab; Le mor&#xe9;en est une langue
subtile, tr&#xe8;s subtile... Je pense que les vagues souvenirs que j’en ai ne sont
pas suffisants... Agrevin, crie-t-il &#xe0; l’aubergiste, apporte-nous des
couvertures, une bonne soupe, et pr&#xe9;pare une chambre pour ces deux jeunes gens.
Je paierai ce qu’il faut !&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Puis,
leur faisant signe de le suivre, il s’approche d’une table et leur pr&#xe9;sente une
chaise. Se regardant tous deux, les deux &#xea;tres craintifs h&#xe9;sitent, puis, se
tenant par la main, ils vont retrouver Agrippa, qui hoche la t&#xea;te avec
contentement. Agrevin apporte des couvertures, et l’homme, avec une grande
d&#xe9;licatesse, enveloppe la femme avec l’une d’elle, qu’il choisit avec soin, et
la serre contre elle, et la femme lui sourit, posant sa t&#xea;te contre son &#xe9;paule.
Leurs gestes sont doux, et le sourire de la jeune femme est une des plus
merveilleuses choses qui ait jamais exist&#xe9; au monde. Ces deux &#xea;tres ne peuvent
pas &#xea;tre r&#xe9;els ! Une telle beaut&#xe9;, une telle gr&#xe2;ce rendrait&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;le reste du monde si insipide, si glac&#xe9; et si
aust&#xe8;re... mais pourtant ils sont l&#xe0;, bien l&#xe0;, devant moi, aur&#xe9;ol&#xe9;s de leur
perfection presque ind&#xe9;cente. Ils se penchent sur leur assiette, regardant son
contenu avec m&#xe9;fiance, et se mettent &#xe0; boire avec plaisir, jetant sur Agrippa
des regards plein de reconnaissance. H&#xe9;lias, tout comme moi, semble avoir oubli&#xe9;
l’&#xe9;pisode de la bague, tout &#xe0; sa contemplation muette.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&#xab; Dites-moi, Agrippa, murmure-t-il
avec douceur, sont-ils tous aussi beaux, l&#xe0;-bas ?&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;-Ils sont beaux, c’est vrai, mais ces
deux-l&#xe0; sont particuli&#xe8;rement r&#xe9;ussis...&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;- Ils paraissent tellement fragiles,
allons-nous les laisser partir seuls, sans d&#xe9;fense, dans un monde dont ils
n’imaginent pas, sans doute, &#xe0; quel point il est hostile?&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;A
ces mots, l’homme rel&#xe8;ve la t&#xea;te d’un air craintif. Aurait-il compris ce qu’a
dit H&#xe9;lias ? Agrippa, assez intrigu&#xe9;, lui demande alors :&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&#xab; Vous comprenez notre
langue ? &#xbb;&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Mais
celui-ci, fron&#xe7;ant les sourcils d’un air dubitatif, ne r&#xe9;pond rien. Il regarde
sa femme, qui, inqui&#xe8;te, le regarde aussi, et hausse les &#xe9;paules en faisant la
moue, r&#xe9;ponse assez &#xe9;vidente... Comment saurait-il notre langue,
d’ailleurs ? Il y a eu peu d’humains, &#xe0; part Agrippa, qui soient jamais
all&#xe9; l&#xe0;-bas. R&#xe9;pondant &#xe0; la question d’H&#xe9;lias, Agrippa reprend :&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&#xab; Ces deux-l&#xe0; n’ont pas attendu
apr&#xe8;s nous pour arriver jusqu’ici... Ils se d&#xe9;brouilleront, j’en suis
convaincu. La question est de savoir pourquoi ils sont ici, dans cette for&#xea;t,
pr&#xe8;s de ce lac, un des endroits dans notre monde o&#xf9; sont concentr&#xe9;es les plus
puissantes forces magiques, alors qu’ils ne savent m&#xea;me pas ce que c’est...
C’est vraiment curieux...&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;- Le hasard, peut-&#xea;tre ? ironise
H&#xe9;lias.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;- le hasard n’existe pas, cher ami,
rien ne d&#xe9;coule de rien en ce monde...&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Leur soupe termin&#xe9;e, les deux mor&#xe9;ens
nous regardent de leurs grands yeux limpides. La jeune femme baille, et se
blottit contre son compagnon en clignant des yeux.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&#xab; Ils sont &#xe9;puis&#xe9;s... C’est vrai
qu’il se fait tard... Arp&#xe8;ge, sois gentil, emm&#xe8;ne-les dans la chambre
qu’Agrevin leur a pr&#xe9;par&#xe9;e, et veille &#xe0; ce qu’ils ne manquent de rien.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Me levant, je leur fais signe de me
suivre. En montant l’escalier, je me demande si ceci n’est pas une manoeuvre
d’Agrippa pour m’&#xe9;loigner afin de parler tranquillement de moi &#xe0; son ami. Je
jette un oeil sur eux lorsque je suis en haut, cach&#xe9; dans l’ombre, mais ils ne
font que regarder le couple superbe monter les marches &#xe0; ma suite. Je suis
alors contraint de continuer vers la chambre qu’Agrevin m’a indiqu&#xe9;e. C’est une
chambre simple, assez semblable &#xe0; la mienne, qui donne sur le lac. Fascin&#xe9;s,
les deux mor&#xe9;ens entrent avec crainte, et se regardent en rougissant lorsqu’ils
consid&#xe8;rent le lit, unique, qui prend presque toute la surface de la petite
chambre. Un peu g&#xea;n&#xe9; de ce trouble qui en dit long, je leur montre, comme si
j’&#xe9;tais le propri&#xe9;taire des lieux, la commode, avec la petite bassine en
fa&#xef;ence, le pichet rempli d’eau, les serviettes, dans la commode, et je leur
montre, par la fen&#xea;tre, le lac, qu’ils admirent durant un long moment. Ne
sachant plus quoi faire d’autre, je leur fais signe que je les quitte l&#xe0;, et
ils me sourient. Lorsque je ferme la porte, je vois leurs deux mains se
rejoindre, et ils rougissent encore. Pas de doute : ces deux-l&#xe0; s’aiment
d’un grand amour, et ce lit ne recueillera pas que leurs r&#xea;ves...&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Lorsque je retourne dans la salle
commune, Agrippa est seul, et H&#xe9;lias est retourn&#xe9; dehors. Je m’assieds devant
Agrippa, qui para&#xee;t songeur. Quel secret garde-t-il pr&#xe9;cieusement &#xe0; mon
sujet ? Il paraissait si honn&#xea;te envers moi, si bon, si d&#xe9;sint&#xe9;ress&#xe9;...
Aurait-il pris soin de moi &#xe0; cause de quelque chose ? Je n’ose m&#xea;me pas le
regarder, tant ma col&#xe8;re et ma peine sont grandes. Je serre le poing sous la
table, et je sens la bague qui appuie sur mes doigts, &#xe0; l’endroit m&#xea;me o&#xf9; ils
ont &#xe9;t&#xe9; serr&#xe9;s par la poigne d’H&#xe9;lias. Je ne dis rien. Agrippa ne me regarde
pas non plus. Il semble &#xea;tre entr&#xe9; en transe. D&#xe9;courag&#xe9; par une telle froideur,
je fais signe de me lever.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&#xab; Arp&#xe8;ge, me dit-il d’une voix
f&#xe9;brile, je sais toutes les questions que tu peux te poser, &#xe0; propos de ce qu’a
dit H&#xe9;lias sur le signe sculpt&#xe9; sur la bague de ta m&#xe8;re. Patience... tes
questions auront des r&#xe9;ponses... quand sera venu le moment.. &lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Malgr&#xe9;
la terreur que m’inspire mon ma&#xee;tre, dont la t&#xe9;nacit&#xe9; est sans borne, je
r&#xe9;ponds avec courage :&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;- Ah oui, mais quand, quand sera venu
le temps ? j’ai quinze ans, et cette bague est le seul h&#xe9;ritage de mes
parents... Vous ne pouvez pas me cacher des choses si vous les savez... J’ai le
droit de savoir ! C’est ma vie !&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;- Patience ! Tu dois me faire
confiance...&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Ne
sachant que r&#xe9;pondre &#xe0; cette voix douce mais qui r&#xe9;v&#xe8;le une grande fermet&#xe9;, je
me l&#xe8;ve d’un bond et cours jusqu’&#xe0; ma chambre.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
</description><pubDate>Sun, 04 Nov 2007 12:53:24 GMT</pubDate></item><item><title>Roman - 4. Premi&#xe8;re partie. Chapitre 3.</title><dc:creator>lescendresda</dc:creator><link>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2007/11/04/6768083.html</link><category>Romans</category><comments>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2007/11/04/6768083.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lescendresda.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/6768083/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lescendresda.canalblog.com/archives/2007/11/04/6768083.html</guid><description>
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;Chapitre trois : H&#xe9;lias
de Mortemer&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;D’un ton bourru, l’homme marmonne un
&#xab; Enchant&#xe9; &#xbb;, me scrutant avec curiosit&#xe9;. Je reste sans voix !
Ainsi, c’est donc lui, le fameux H&#xe9;lias de Mortemer ! L’&#xe9;motion me
submerge, mes yeux papillotent, mes l&#xe8;vres tremblent... Agrippa m’avait parl&#xe9;
de lui des centaines de fois, et tout le monde, &#xe0; Alican, sait qui &#xe9;tait
le Seigneur de Mortemer, et quelles dures &#xe9;preuves il avait subies.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Il y a de cela dix ans, alors qu’il
n’avait que vingt-deux ans, ce Prince, rebelle et brave, s’&#xe9;tait f&#xe2;ch&#xe9; avec son
p&#xe8;re car, alors qu’il r&#xe9;gnait sur tout le territoire de Mortemer, cet homme
moins droit que son fils s’&#xe9;tait entour&#xe9; de riches orques qui lui avaient
offert, en &#xe9;change du pouvoir qu’il leur transmettait, de nombreuses richesses
dont les provenances &#xe9;taient douteuses. Le p&#xe8;re avait alors banni le fils pour
pouvoir jouir plus tranquillement de sa richesse mais le pauvre roi n’eut pas
le temps d’en profiter beaucoup. Quand les orques virent qu’H&#xe9;lias s’en &#xe9;tait
all&#xe9;, ils assassin&#xe8;rent le roi. Bersachouane, un guerrier orque redoutable,
avait alors pris le pouvoir du royaume de Mortemer. Ayant eu vent de cette
histoire, H&#xe9;lias &#xe9;tait revenu et aid&#xe9; d’une troupe de fid&#xe8;les soldats qui
r&#xe9;sistaient &#xe0; leur envahisseur, il &#xe9;tait parti &#xe0; la reconqu&#xea;te de son royaume,
et apr&#xe8;s une lutte sanglante, o&#xf9; l’on disait qu’il avait &#xe0; lui seul tu&#xe9; plus
d’une centaine d’orques, il avait renvers&#xe9; le pouvoir de Bersachouane, dont la
t&#xea;te, plant&#xe9;e sur une pique, avait &#xe9;t&#xe9; exhib&#xe9;e durant plusieurs mois aux portes
du royaume, d&#xe9;courageant quiconque aurait eu des desseins malhonn&#xea;tes. Le
peuple, fou de joie d’avoir retrouv&#xe9; le jeune Prince, voulut f&#xea;ter la victoire
et couronner le nouveau roi, mais celui-ci disparut le lendemain de la
bataille, et jamais personne ne sut pourquoi il avait refus&#xe9; de monter sur le
tr&#xf4;ne. On avait donc couronn&#xe9; son cousin, un jeune homme sans ambition, peureux
et sans grande intelligence, qui dirigeait bon gr&#xe9; mal gr&#xe9; la reconstruction du
royaume ab&#xee;m&#xe9; par la guerre. Quant &#xe0; H&#xe9;lias, on le bl&#xe2;mait la plupart du temps,
d’avoir abandonn&#xe9; sa t&#xe2;che, et on le regrettait aussi. Et personne ne savait o&#xf9;
il vivait &#xe0; pr&#xe9;sent. Il apparaissait parfois, au milieu de nulle part, fuyant
les villes, le monde, les hommes en g&#xe9;n&#xe9;ral, et les orques tremblaient de le
rencontrer. Et personne ne savait pourquoi il avait fui, ni pourquoi il fuyait
encore.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Moi, depuis mon plus jeune &#xe2;ge, j’&#xe9;tais
fascin&#xe9; par cette histoire... Et quand Agrippa m’avait appris, il y avait
quelques ann&#xe9;es, qu’il connaissait ce h&#xe9;ros, mon coeur avait bondi, et il avait
d&#xfb; me raconter en d&#xe9;tails l’histoire de leur rencontre.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;La premi&#xe8;re fois qu’Agrippa avait vu
H&#xe9;lias, c’&#xe9;tait en fait avant qu’il ne parte &#xe0; la conqu&#xea;te de son royaume.
Agrippa revenait alors d’un voyage dans les marais de H&#xe9;dia, o&#xf9; vivait un de
ses vieux camarades d’&#xe9;tude, qui poss&#xe9;dait, de ce qu’en disait mon ma&#xee;tre, une
biblioth&#xe8;que digne de celle de la cit&#xe9; d’Alican, dont certains ouvrages,
uniques, &#xe9;taient gardiens de savoirs qu’on ne trouvait nulle part ailleurs. Ces
marais sont mortels pour qui ne les conna&#xee;t pas. Les quelques &#xea;tres qui osaient
les traverser &#xe9;taient engloutis dans leurs eaux maudites, jusqu’&#xe0; ce que l’eau
putride p&#xe9;n&#xe8;tre la moindre parcelle de leur corps. Alors, comme une seconde
naissance,&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;ils &#xe9;taient lentement
expuls&#xe9;s de la vase, mais leur corps froid restait poss&#xe9;d&#xe9; par leur mort...leur
esprit prisonnier, troubl&#xe9; par l’esprit des eaux, restait confus, et ils
tournaient, tournaient sans fin dans les marais &#xe0; la recherche de leur esprit,
&#xe0; la recherche de leur vie qui n’&#xe9;tait pas revenue, qui ne revenait pas...
Agrippa, lui, ne craignait pas cette nature maudite, ni aucune autre nature,
d’ailleurs. C’&#xe9;tait la sa grande puissance de mage. Il &#xe9;tait en parfaite
harmonie avec elle, gu&#xe9;rissant les maux et apaisant les esprits qui vivaient en
elle. Rien ne pouvait l’atteindre, pas une b&#xea;te, rampante, volante, nageante,
pas un monstre, ni les sables mouvants et autres esprits des eaux qui
peuplaient ces terres troubles.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Il avait &#xe9;tabli tranquillement son
campement pr&#xe8;s d’un chemin qui serpentait au milieu des flaques visqueuses, et
faisait cuir un de ces poissons odorants qui seuls survivent dans la vase,
lorsqu’il vit un homme, titubant, courb&#xe9;, avan&#xe7;ant p&#xe9;niblement, les mains sur
les c&#xf4;tes, &#xe0; quelques pas de lui, dans la brume. Au d&#xe9;but, il crut que c’&#xe9;tait
un revenant, comme il en avait vu parfois, mais l’homme avait rep&#xe9;r&#xe9; Agrippa et
se dirigeait vers lui, ce que ne faisaient pas les revenants, car les revenants
ne voyaient pas les vivants, ils ne voyaient que la mort, leur mort. Il comprit
alors que cet homme qui tendait les mains vers lui &#xe9;tait vivant, enfin du moins
il l’&#xe9;tait toujours... Il tomba &#xe0; quelques m&#xe8;tres d’Agrippa, et celui-ci courut
le relever. L’homme qu’il d&#xe9;couvrit &#xe9;tait couvert de boue, des pieds &#xe0; la t&#xea;te,
et son corps froid tremblait entre les bras du mage. Agrippa comprit alors que
l’homme avait d&#xfb; &#xea;tre englouti, comme les autres, mais qu’il avait r&#xe9;ussi &#xe0; se
d&#xe9;gager avant de mourir noy&#xe9;. Cependant, il avait suffisamment aval&#xe9; de cette
eau maudite pour en mourir bient&#xf4;t... Il s’attaqua donc &#xe0; le frictionner, pour
ranimer son sang, et il composa &#xe0; la h&#xe2;te un rem&#xe8;de, qu’il ensorcela de fa&#xe7;on &#xe0;
vaincre &#xe0; la fois le poison et l’esprit des eaux qui s’&#xe9;tait empar&#xe9; de ce
corps. Ceci &#xe9;tant fait, le mage fit un feu, un grand feu, et l’on entendait
tout autour les cris des &#xea;tres des marais se plaindre de cet affront. L’homme resta
inanim&#xe9; de longs jours, et Agrippa, &#xe0; son chevet, l’abreuvait de rem&#xe8;des, et
d’infusions de plantes m&#xe9;dicinales. Dans son d&#xe9;lire, car l’homme d&#xe9;lirait en
dormant, il bredouillait des choses incompr&#xe9;hensibles, parlant &#xe0; quelqu’un
qui n’&#xe9;tait pas Agrippa, et qui hantait sa m&#xe9;moire. Puis, au bout d’une bonne
semaine entre la vie et la mort, l’homme avait cess&#xe9; de d&#xe9;lirer, la fi&#xe8;vre qui
le rongeait &#xe9;tait tomb&#xe9;e, il avait dormi paisiblement pendant deux grands
jours, pour enfin revenir dans le monde des vivants, &#xe9;veill&#xe9;, lucide, quoique
compl&#xe8;tement engourdi... Agrippa lui avait demand&#xe9; qui il &#xe9;tait, et par quel
miracle il avait r&#xe9;ussi &#xe0; s’extraire des marais, H&#xe9;lias se pr&#xe9;senta
confus&#xe9;ment, cherchant encore en lui ce qui s’&#xe9;tait pass&#xe9;, et r&#xe9;pondit au vieux
mage curieux qu’il avait simplement eu de la chance. Lorsque Agrippa apprit que
l’homme qu’il avait sauv&#xe9; &#xe9;tait le Prince de Mortemer, il lui annon&#xe7;a les
terribles catastrophes qui &#xe9;taient arriv&#xe9;s dans son royaume, alors H&#xe9;lias,
encore faible, s’&#xe9;tait relev&#xe9; en titubant et avait balbuti&#xe9; &#xab; alors elle
avait raison... &#xbb;, puis il avait demand&#xe9; avec h&#xe2;te &#xe0; Agrippa de lui
emprunter un de ses chevaux, et avant m&#xea;me qu’Agrippa ait pu dire quoi que ce
soit, il avait grimp&#xe9; sur l’animal en demandant au mage qui il &#xe9;tait, et
Agrippa lui ayant r&#xe9;pondu, il avait fil&#xe9; au galop, criant au mage qu’il
reviendrait le voir d&#xe8;s que ses affaires seraient r&#xe9;gl&#xe9;es. Agrippa &#xe9;tait alors
rest&#xe9; seul, avec son dernier cheval, face &#xe0; une th&#xe9;i&#xe8;re remplie de camomille
qu’il avait destin&#xe9;e au malade...&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Le temps avait pass&#xe9;. Les rumeurs de la
bataille qu’H&#xe9;lias avait orchestr&#xe9;e avec panache arriv&#xe8;rent assez vite aux
oreilles du mage, et celui-ci s’en r&#xe9;jouit, mais lorsqu’on lui dit qu’H&#xe9;lias
avait fui apr&#xe8;s la bataille, il frissonna, pressentant que ce soudain refus
d’endosser son r&#xf4;le de souverain avait quelque chose &#xe0; voir avec son aventure
dans les marais... m&#xea;me s’il ne savait en quoi ces deux &#xe9;v&#xe9;nements &#xe9;taient
li&#xe9;s. Il se dit alors qu’il ne reverrait jamais plus le &#xab; miracul&#xe9; des
marais &#xbb;. Mais un jour, il fut l&#xe0;, devant lui, sombre et triste comme
lorsqu’il &#xe9;tait malade, les habits en aussi mauvais &#xe9;tat... Il rapportait au
mage un cheval, une magnifique b&#xea;te gris-argent qui illuminait la cour de la
maison. Ce magnifique &#xe9;talon, qui &#xe9;tait aussi vigoureux qu’il n’&#xe9;tait beau,
Agrippa l’avait toujours lorsque je le rejoignis pour mes &#xe9;tudes, et ce
jour-l&#xe0;, &#xe0; l’auberge, c’&#xe9;tait ce m&#xea;me cheval qui attendait son ma&#xee;tre &#xe0;
l ‘&#xe9;curie.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Agrippa et H&#xe9;lias s’&#xe9;taient retrouv&#xe9;s
avec plaisir. Le mage d&#xe9;couvrit que le Prince, outre son habilet&#xe9; au combat,
avait une grande connaissance des herbes, et autres essences m&#xe9;dicinales, et de
plein d’autres choses encore. Ils avaient tous deux travers&#xe9; les m&#xea;mes
lointaines r&#xe9;gions, et &#xe9;chang&#xe8;rent avec passion leurs impressions sur telle ou
telle Cit&#xe9;. Ils parlaient, parlaient, mais Agrippa se rendit compte assez vite
qu’H&#xe9;lias avait un secret. Il racontait son enfance au bord des falaises,
d&#xe9;crivait les animaux marins, dont il avait une bonne connaissance, des lieux
secrets dans la roche o&#xf9; l’on trouvait, &#xe0; mar&#xe9;e basse, des d&#xe9;bris d’&#xe9;cailles
appartenant aux sir&#xe8;nes qui vivaient dans les profondeurs de l’oc&#xe9;an... il
raconta aussi la mort de sa m&#xe8;re, dont Agrippa avait d&#xe9;j&#xe0; entendu parler, mais
il ne dit jamais rien sur son exil, et sur les circonstances de sa pr&#xe9;sence
dans les Marais, le jour o&#xf9; ils s’&#xe9;taient rencontr&#xe9;s. Il ne parlait jamais de
son p&#xe8;re non plus, ni de la bataille qu’il avait conduite pour lib&#xe9;rer son
royaume. H&#xe9;lias avait remerci&#xe9; le mage de lui avoir sauv&#xe9; la vie, et r&#xe9;p&#xe9;tait
qu’il avait eu de la chance de ne pas mourir noy&#xe9;. Et Agrippa comprit qu’il
&#xe9;tait inutile de poser des questions. D&#xe8;s qu’il mentionnait l’&#xe9;pisode des
marais, H&#xe9;lias se renfermait, devenait sombre, et changeait de sujet. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Ils s’&#xe9;taient alors r&#xe9;guli&#xe8;rement
revus, enfin disons qu’H&#xe9;lias &#xe9;tait revenu voir Agrippa, mais depuis quelques
ann&#xe9;es, depuis que j’&#xe9;tais arriv&#xe9;, en fait, lorsque j’avais dix ans, il n’avait
pas reparu. Il faut dire que nous voyagions beaucoup, et qu’il &#xe9;tait difficile
de nous trouver... Parfois, lorsque nous &#xe9;tions chez nous, je me hasardais &#xe0;
jeter un oeil dans la cour lorsqu’un cheval y p&#xe9;n&#xe9;trait, me disant que c’&#xe9;tait
peut-&#xea;tre mon h&#xe9;ros qui venait voir mon ma&#xee;tre. Mais ce ne fut jamais le cas.
D&#xe9;pit&#xe9;, je harcelais souvent Agrippa de me conter tout ce dont il se souvenait
de leurs rencontres. Lorsque je lui demandais s’il avait tent&#xe9;, par des moyens
d&#xe9;tourn&#xe9;s, d’en savoir plus sur lui, il s’indignait, se mettait en col&#xe8;re,
disant qu’un homme &#xe9;tait seul d&#xe9;tenteur de sa vie, et terminait en psalmodiant
que ce genre de curiosit&#xe9; d&#xe9;plac&#xe9;e n’avait pas de place dans l’esprit d’un
mage. Le soir, avant de m’endormir, j’imaginais un fier guerrier tuant une
dizaine d’orques d’un seul coup de sa grande &#xe9;p&#xe9;e... ou terrassant des pieuvres
g&#xe9;antes au milieu des sables mouvants... Mais les ann&#xe9;es passant, mon h&#xe9;ros
s’&#xe9;tait peu &#xe0; peu d&#xe9;structur&#xe9;, je devenais un jeune homme, et l’&#xe9;tude de la
magie avait balay&#xe9; mes admirations pour les chevaliers. Je pr&#xe9;servais quelque
part au fond de moi le souvenir de mes &#xe9;mois.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Mais face &#xe0; lui, je redeviens enfant.
Il est l&#xe0;, bien r&#xe9;el et m&#xea;me tristement r&#xe9;el, j’en suis &#xe0; la fois &#xe9;mu et
d&#xe9;pit&#xe9;, car celui qui se dresse devant moi ne ressemble en rien &#xe0; mes r&#xea;ves
d’autrefois... N’importe, je suis pr&#xea;t alors, du haut de mes quinze ans, &#xe0;
donner une seconde chance &#xe0; ce qui avait &#xe9;t&#xe9; mon plus grand idole. A bien le
regarder, il n’est pas si laid que cela. Un &#xe9;clat dur brille dans ses yeux
bleus, sa bouche est bien faite, son nez est r&#xe9;gulier. Si ses joues n’&#xe9;taient
pas si creus&#xe9;es, et si ces grosses cernes noires s’estompaient un peu, s’il
mettait un peu d’ordre dans ses cheveux, d’un joli ch&#xe2;tain, et s’il s’habillait
d’une mani&#xe8;re digne de son rang, il serait presque beau... Cette prestance naturelle,
ce maintien princier, il ne l’a pas totalement perdu. Et je frissonne &#xe0; l’id&#xe9;e
de voir sortie de son fourreau la grosse &#xe9;p&#xe9;e dont la garde, mal nettoy&#xe9;e,
brille encore d’un &#xe9;clat trouble. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;D’abord, H&#xe9;lias demande &#xe0; Agrippa ce
qu’il fait ici, et Agrippa raconte &#xe0; son ami que nous sommes l&#xe0; pour cueillir
des plantes, ce qui int&#xe9;resse beaucoup H&#xe9;lias. La conversation m’ennuie un peu,
mais j’&#xe9;coute avec attention, tout en terminant mon plat, qui est presque
froid, un peu &#xe9;tonn&#xe9; qu’un guerrier aussi r&#xe9;put&#xe9; puisse trouver de l’int&#xe9;r&#xea;t
aux choses des alchimistes. Je ne sais pas quoi faire pour attirer son
attention.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&#xab; Et vous, Seigneur, venez-vous
aussi pour cueillir des plantes ? me surprends-je &#xe0; demander. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;H&#xe9;lias, surpris autant que je le suis
de ma question indiscr&#xe8;te, me regarde s&#xe9;v&#xe8;rement, sans un mot.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&#xab;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt; Je veux dire, hasard&#xe9;-je en
bredouillant, rien ici, &#xe0; part ces plantes, ne pourrait vous int&#xe9;resser... Rien
n’est int&#xe9;ressant ici... Enfin, &#xe0; mon avis, bien s&#xfb;r... m&#xea;me si la for&#xea;t est
belle... C’est la premi&#xe8;re fois que vous venez ici ? &lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;- Oui, en effet, me r&#xe9;pond-il. Et je ne
regrette pas de m’y &#xea;tre arr&#xea;t&#xe9;...Cette for&#xea;t est tr&#xe8;s belle... et j’ai
l’immense plaisir d’y retrouver mon vieil ami !&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Me tassant sur moi-m&#xea;me, je ne dis plus
rien. Les deux amis ressassent de vieux souvenirs, et Agrippa parle de son
&#xe9;talon, Gris-nez, et des restes de sa vigueur pass&#xe9;e. Ils rient tous deux, et
je ris &#xe0; mon tour. Puis, H&#xe9;lias, le regard dur pos&#xe9; sur moi comme sur un
insecte qu’on &#xe9;tudie, demande &#xe0; Agrippa qui je suis.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&#xab; Arp&#xe8;ge a perdu ses parents
lorsqu’il &#xe9;tait enfant, raconte alors Agrippa... &#xbb;&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Oui, je suis orphelin. Tout ce que je
sais &#xe0; ce moment l&#xe0; est ce que m’en a dit Agrippa, qui m’a recueilli, alors que
je n’avais que neuf mois, &#xe0; la mort de mes parents. Il m’a plac&#xe9; chez une
nourrice, jusqu’&#xe0; mes dix ans, et ensuite, il m’a demand&#xe9; si je voulais devenir
magicien, ce que j’ai accept&#xe9; avec soulagement, car ma nourrice, une bonne
dame, tendre et douce, voulait se marier avec un homme avide et sournois, et je
me voyais mal terminer mon enfance dans la m&#xea;me maison que ce sinistre
personnage. Et m&#xea;me si la magie ne m’avait jamais int&#xe9;ress&#xe9; jusqu’&#xe0; ce
moment-l&#xe0; – je pr&#xe9;f&#xe9;rais les hommes d’arme - , j’&#xe9;tais curieux de savoir
comment cela fonctionnait.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;H&#xe9;lias me regarde, me regarde encore,
tandis qu’Agrippa parle de moi, disant que je suis un peu distrait, mais que je
deviendrai sans doute un bon mage, il me regarde, et soudain, ses yeux tombent
sur la bague que je tenais de ma m&#xe8;re, dont le signe incompr&#xe9;hensible hante mes
cauchemars depuis toujours.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;D’un geste vif, il empoigne
vigoureusement ma main et la tourne pour observer le signe qui est sculpt&#xe9;
de&lt;/font&gt;ssus, et une immense terreur emplit ses yeux. Il serre ma main si fort que
l’anneau fait une trace rouge sur mon doigt, jusqu’au sang. Se rendant compte,
&#xe0; la grimace que je fais, qu’il me blesse, il l&#xe2;che d’un coup sec ma main en
murmurant un &#xab; excuse-moi &#xbb; et me lance, comme si j’avais fait une
b&#xea;tise :&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&#xab; D’o&#xf9; vient cette bague ?&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;-Elle vient de ma m&#xe8;re, dis-je en
agitant ma main endolorie, un peu agac&#xe9;.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;-Sais-tu ce que veut dire ce
signe ?&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;-Non.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;-Et vous, Agrippa ?&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;-Non... &#xbb;&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;H&#xe9;lias,
m&#xe9;fiant, regarde son ami avec froideur.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;-Vous voulez dire que vous ne savez pas
ce que signifie ce signe?&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Agrippa,
mal &#xe0; l’aise, maintient sa r&#xe9;ponse. Assez grave, il semble plut&#xf4;t m&#xe9;content
d’&#xea;tre ainsi interrog&#xe9;. Et comme H&#xe9;lias, je le regarde avec suspicion. On
dirait qu’il ment !&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;- Tr&#xe8;s &#xe9;trange, insiste H&#xe9;lias. Etrange
qu’un mage, aussi &#xe9;rudit que vous, ne soit m&#xea;me pas tent&#xe9; de chercher la
signification d’un signe aussi myst&#xe9;rieux...&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;- Ce n’est pas un signe myst&#xe9;rieux, il
n’est que le dessin d’un orf&#xe8;vre un peu original, voil&#xe0; tout.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;- C’est impossible ! J’ai moi m&#xea;me
vu ce signe, quelque part, et ce n’est pas un orf&#xe8;vre d&#xe9;g&#xe9;n&#xe9;r&#xe9; qui l’a trac&#xe9;
devant moi !&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;- Peut-&#xea;tre que si vous me disiez o&#xf9;
vous avez trouv&#xe9; ce signe, nous pourrions commencer &#xe0; faire des
suppositions ?&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Tr&#xe8;s &#xe9;tonn&#xe9;, je regarde mon ma&#xee;tre en
&#xe9;vitant de sourire. Quelle pirouette ! H&#xe9;lias, se sentant pi&#xe9;g&#xe9; par la
question du mage, quitte soudain son air inquisiteur et se met &#xe0; sourire.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;-Vous avez raison, Agrippa, ce signe ne
veut sans doute rien dire... Je pense que je me suis tromp&#xe9;...&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Assez troubl&#xe9; par tous ces myst&#xe8;res
d’adultes, je sens en moi mon coeur se serrer. Je connais bien mon ma&#xee;tre, et
ces myst&#xe8;res cachent quelque chose... H&#xe9;lias a sans doute raison lorsqu’il
sous-entend qu’Agrippa en sait plus sur ce signe qu’il ne le pr&#xe9;tend !
Alors, s’il en sait plus sur ce signe, c’est qu’il en sait plus sur moi... Il
me cache quelque chose sur mon enfance, sur mes origines, et il ne veut rien
dire... Et pourquoi ce signe met-il H&#xe9;lias dans un tel &#xe9;tat ?&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Un silence pesant s’est install&#xe9; &#xe0;
notre table. Chacun de nous trois, semble-t-il, est trop fier pour tenter de
reprendre la parole. J’ai pos&#xe9; ma main sur mon genou, de fa&#xe7;on &#xe0; ce que
personne ne voie cette bague, qui nous s&#xe9;pare tous trois, et H&#xe9;lias, tout comme
mon ma&#xee;tre, baisse la t&#xea;te avec un air d&#xe9;pit&#xe9;. J’ai envie de quitter la table,
de m’enfuir dans ma chambre, mais je n’ose pas. Je voudrais faire mes bagages,
et fuir loin de mon ma&#xee;tre, qui a os&#xe9; me cacher des choses sur mon pass&#xe9;, mais
je ne fais rien. La col&#xe8;re laisse place &#xe0; mon d&#xe9;sir de savoir : je
pers&#xe9;cuterai Agrippa, jusqu’&#xe0; ce qu’il me dise enfin tout ce qu’il sait.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
</description><pubDate>Sun, 04 Nov 2007 12:48:43 GMT</pubDate></item><item><title>Roman - 3. Premi&#xe8;re partie. Chapitre 2.</title><dc:creator>lescendresda</dc:creator><link>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2007/11/04/6768040.html</link><category>Romans</category><comments>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2007/11/04/6768040.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lescendresda.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/6768040/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lescendresda.canalblog.com/archives/2007/11/04/6768040.html</guid><description>
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;Chapitre 2 : La temp&#xea;te&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Depuis le matin du lendemain de notre
arriv&#xe9;e, apr&#xe8;s un bon repas et une bonne nuit de sommeil, nous nous sommes
enfonc&#xe9;s dans la for&#xea;t, alors qu’un soleil radieux perce g&#xe9;n&#xe9;reusement les
feuillages... pendant qu’Agrippa ramasse un peu plus loin des herbes de toutes
sortes dont la plupart me sont inconnues, je d&#xe9;ambule tout autour de lui,
m’&#xe9;merveillant de la beaut&#xe9; des lieux. &lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Mais
en fin d’apr&#xe8;s-midi, le soleil se voile subitement, de gros nuages obstruent la
lumi&#xe8;re de l’astre, et en quelques minutes, la for&#xea;t est plong&#xe9;e dans la
p&#xe9;nombre. Autour de moi, les arbres se tordent dans un vent terrible. Agrippa,
interrompant sa cueillette resserre sa cape contre lui. Des cheveux blancs
volent autour de son visage rid&#xe9;. Et ma main tremble encore au souvenir de ces
instants mais ce n’est pas la vieillesse... Je me souviens tr&#xe8;s bien... &lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Le vent, le vent hurle tout autour de moi. La
pluie nous fouette le visage, fouette les arbres, pauvres pantins d&#xe9;mantibul&#xe9;s
qui dansent une danse endiabl&#xe9;e... La t&#xea;te me br&#xfb;le, au milieu de toute cette
violente temp&#xea;te, je respire &#xe0; peine, et je ne vois plus tr&#xe8;s bien ce qu’il y a
autour de moi, je n’entends que les cris, oui, les cris du vent qui tournoie
autour de moi comme s’il essayait de m’arracher au sol de plus en plus
spongieux... Je suis tremp&#xe9;, mais est-ce la pluie ? Je tremble, mais
est-ce le froid ? mes yeux se troublent et mon coeur bat plus vite, je
tremble de plus en plus et soudain je ne me souviens m&#xea;me plus de ce que je
fais l&#xe0;, et Agrippa crie, les cheveux volant et s’accrochant &#xe0; son visage, il
me crie de me d&#xe9;p&#xea;cher mais je ne l’entends pas, cela r&#xe9;sonne en moi, c’est
trop, trop de cris autour de moi, trop de col&#xe8;re, trop de violence, je vois le
sol s’ouvrir sous mes pieds mais c’est Agrippa qui me soul&#xe8;ve, car je suis
tomb&#xe9;, et son visage inquiet pench&#xe9; sur moi m’arrive au milieu d’un brouillard
flou et glauque, l’effroi me glace le sang et l’espace d’un instant, je suis
s&#xfb;r que mon coeur s’est arr&#xea;t&#xe9;... je n’entends plus rien, je ne vois plus rien,
qu’une &#xe9;pouvantable noirceur qui s’immisce en moi et me transperce comme une
main glac&#xe9;e fouillant en moi jusqu’au coeur qu’elle empoigne, et je hurle, je
hurle avec les ombres qui dansent et hurlent autour de moi...&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Lorsque je reviens &#xe0; moi, je suis
toujours dans la for&#xea;t, et Agrippa me tire par le bras, les arbres redeviennent
visibles et le vent qui s’est tu a laiss&#xe9; place &#xe0; une grosse averse bien
verticale, qui nous mouille en une seconde mais nous sommes arriv&#xe9;s, nous nous
engouffrons dans la chaude et douce salle &#xe0; manger de l’auberge... La r&#xe9;alit&#xe9;
revient peu &#xe0; peu devant mes yeux. Agrippa me sourit affectueusement, alors que
j’essaie de me souvenir de ce qui m’est arriv&#xe9;.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&#xab; Cette temp&#xea;te est bien
brutale ! Enfin, ce sont les orages d’&#xe9;t&#xe9;... Va vite te d&#xe9;barbouiller, mon
gar&#xe7;on, tu es couvert de terre... Je t’attends ici, je vais faire le compte de
notre r&#xe9;colte... Nous avons eu le temps de cueillir de beaux sp&#xe9;cimens !&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Interdit, je regarde mon ma&#xee;tre avec
&#xe9;tonnement. Celui-ci s’est d&#xe9;j&#xe0; &#xe9;loign&#xe9; tranquillement, comme si ce que nous
venions de vivre n’&#xe9;tait pas effroyable. Je regarde alors mes mains, macul&#xe9;es
de boue, et ma robe, dans le m&#xea;me &#xe9;tat. Comme un somnambule, je gravis les
marches de l’escalier qui m&#xe8;ne aux chambres, et me voici tranquillement dans ma
chambre, en train de me d&#xe9;v&#xea;tir. Prenant un peu d’eau dans mes mains apr&#xe8;s les
avoir lav&#xe9;es, je m’asperge vigoureusement le visage... Dans la glace, mon
reflet ne laisse rien passer du trouble que je viens de ressentir. J’ai plut&#xf4;t
l’air serein... Mon coeur bat normalement. Je vois tout comme &#xe0; l’ordinaire,
avec nettet&#xe9;. Tout est r&#xe9;el, c’est idiot &#xe0; dire, mais tout est redevenu vrai...
Alors j’aurais r&#xea;v&#xe9; tout cela ? Mais quoi, en fait ?... Je ne me
souviens de rien... ou de peu de choses... Seul l’effroi que j’ai ressenti me
reste. Les images se confondent dans mon esprit, et je me rends compte que le
cri que j’ai pouss&#xe9; &#xe9;tait, cela m’arrive comme une &#xe9;vidence, seulement
int&#xe9;rieur, comme dans un cauchemar, Sauf que l&#xe0;, j’&#xe9;tais &#xe9;veill&#xe9;, puisque je
courais, mais je n’ai rien laiss&#xe9; para&#xee;tre de mon trouble, comme si mon corps
et mon esprit s’&#xe9;taient s&#xe9;par&#xe9;s et avaient v&#xe9;cu l’espace d’un instant
ind&#xe9;pendamment l’un de l’autre.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&#xab; Brrrrrr ! &#xbb;&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Voil&#xe0; tout ce que je parviens &#xe0; dire &#xe0;
mon reflet perplexe. L’effroi et la sensation de l’effroi ont disparu comme par
enchantement. J’ai juste terriblement faim...&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Pendant que je reprend contact avec
moi-m&#xea;me, une nouvelle personne est arriv&#xe9;e &#xe0; l’auberge. Je la d&#xe9;couvre en
arrivant dans la salle commune o&#xf9; Agrippa m’attend pour le repas. Je me
souviens tr&#xe8;s bien de son visage, taill&#xe9; en triangle, perc&#xe9; de deux grands yeux
noirs qui m’avaient regard&#xe9; avec froideur lorsque, timidement, les miens les
avaient crois&#xe9;s pour la premi&#xe8;re fois. Ses cheveux courts, noirs et luisants
comme les plumes d’un corbeau, l&#xe9;g&#xe8;rement d&#xe9;coiff&#xe9;s par la pluie, tombent en
une grosse m&#xe8;che sur son front, cachant la moiti&#xe9; de son visage. De chaque
c&#xf4;t&#xe9;, je d&#xe9;couvre deux petites oreilles, dont la pointe m’intrigue. Cette fille
n’a rien d’une elfe... Les elfes ont habituellement la peau blanche, et sa peau
est brune, tann&#xe9;e par le soleil, ce qui donne &#xe0; ses yeux noirs, trop grands
pour un elfe, plus d’intensit&#xe9; encore. J’en d&#xe9;duis qu’elle est ce que l’on
appelle une demi-elfe, une exception, un &#xea;tre rare et sublime, que jamais dans
ma jeune vie je n’avais encore rencontr&#xe9;, le fruit d’une union dangereuse,
entre un elfe, presque immortel, et un humain, toujours trop proche de la
mort...&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Elle n’a pas l’air commode. En passant
devant elle je hasarde un sourire de bienvenue, elle se contente de d&#xe9;tourner
la t&#xea;te en fron&#xe7;ant les sourcils d’un air peu engageant. Filant au plus vite,
je retrouve Agrippa qui m’attend &#xe0; une table pr&#xe8;s de la cuisine de l’auberge,
d’o&#xf9; montent de d&#xe9;licieuses odeurs de lapin grill&#xe9; et de pommes de terre
chaudes. De ma place, je peux voir, en me penchant un peu &#xe0; droite, d&#xe9;passer de
derri&#xe8;re Agrippa qui me bouche la vue une partie de la jeune inconnue qui me
tourne le dos. Assise comme un gar&#xe7;on, un pied pos&#xe9; sur une cuisse, elle est
chauss&#xe9;e de grandes cuissardes garnies de lacets qui s’enroulent autour de ses
jambes fines comme des lianes. Elle porte une petite tunique en cuir l&#xe9;ger qui
suit d&#xe9;licatement la courbe de ses hanches, et s’arr&#xea;te &#xe0; mi-cuisse. Sous la
tunique, une petite blouse de soie bouffante enrobe ses bras fins, et cache sa
gorge. Dans la position qu’elle occupe, je peux voir entre la cuissarde et la
tunique, un petit bout de sa cuisse nue...&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Je sais, bien s&#xfb;r, que ce ne sont pas
l&#xe0; des pens&#xe9;es dignes d’un mage tel que moi, mais je suis bien jeune alors, et
la chair f&#xe9;minine m’est inconnue... je ne peux que me griser de d&#xe9;lices
inaccessibles... mon regard s’accroche pendant un temps &#xe0; ce petit bout de
nudit&#xe9; que cette inconnue m’offre malgr&#xe9; elle, et qui m’accapare malgr&#xe9; moi.
Les v&#xea;tements qu’elle porte, et qui laissent quelque heureux jour dans
l’ensemble, sont habituellement port&#xe9;s par des mercenaires trapus et poilus, de
grands voyageurs, des aventuriers qui passent beaucoup plus de temps sur leurs
chevaux que devant leur miroir... Mais sur elle, sur ce corps fin et
athl&#xe9;tique, cela fait son effet ! A Alican, lors de mes cours de magie,
les jeunes filles sont v&#xea;tues de grandes robes sombres, comme les n&#xf4;tres, ce
qui d&#xe9;courage mes moindres tentatives d’&#xea;tre s&#xe9;duit. Dans la rue, les femmes de
la cit&#xe9; se prom&#xe8;nent en robes l&#xe9;g&#xe8;res, avec de jolis bijoux et des petits
souliers coquets, et je trouve cela charmant, osant &#xe0; peine deviner sous la
jupe la rondeur du mollet qui apparait lorsqu’elles marchent. Mais l&#xe0;, la jeune
fille assise pr&#xe8;s de moi d&#xe9;gage de tout son &#xea;tre une sensualit&#xe9; fauve qui me
trouble... Jamais je n’avais vu de femme comme elle... Elle porte de plus un
petit poignard accroch&#xe9; &#xe0; sa ceinture, sur sa chaise elle a &#xe9;tal&#xe9; une grande
cape d’un rouge sombre, qu’elle fait s&#xe9;cher au feu de la chemin&#xe9;e qu’Agrevin
s’est empress&#xe9; de rallumer, la temp&#xe9;rature dehors ayant chut&#xe9; vertigineusement
&#xe0; cause de la temp&#xea;te, et pr&#xe8;s d’elle contre la table je vois un grand arc en
bois pr&#xe9;cieux et quelques fl&#xe8;ches ac&#xe9;r&#xe9;es qui d&#xe9;passent d’un carquois fait de
cuir dur et de peau de renard sertie de petites pierres rouges, sans doute des
rubis.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Je suis fascin&#xe9; ! Que de gr&#xe2;ce
dans tout cet &#xe9;quipement barbare, que de d&#xe9;licatesse dans ces armes
meurtri&#xe8;res ! Qui est cette jeune femme, et que fait-elle ici, quelle
&#xe9;trange aventure l’a conduite dans cette gentille for&#xea;t, dans laquelle elle
jure comme un rubis au milieu des fleurs ? Agrippa, me voyant me tordre le
cou pour regarder derri&#xe8;re son &#xe9;paule, se retourne &#xe0; son tour et observe la
jeune femme. Revenant &#xe0; moi, il esquisse un sourire.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;- Elle est arriv&#xe9;e peu de temps apr&#xe8;s
que tu sois mont&#xe9; te changer. Elle a demand&#xe9; &#xe0; Agrevin, assez froidement, s’il
pouvait s’occuper de son cheval, et si elle pouvait attendre &#xe0; une table,
devant un bon repas, un ami, qui devait arriver bient&#xf4;t. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Interrompu dans ma r&#xea;verie, j’&#xe9;coute
malgr&#xe9; moi les informations que me donne Agrippa &#xe0; mi-voix.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;- De qui parlez-vous ? r&#xe9;ponds-je
innocemment.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Agrippa
se contente de sourire. Me penchant de nouveau, je constate que la jeune fille
s’est retourn&#xe9;e, et nous observe avec suspicion. Je cesse alors de l’observer.
Apparemment, elle est contrari&#xe9;e... Et mon plat &#xe9;tant arriv&#xe9; sur la table, je
reviens &#xe0; des amours plus enfantines, et me mets &#xe0; d&#xe9;vorer avec plaisir mon repas
tant attendu...&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;J’en suis &#xe0; terminer ma deuxi&#xe8;me
assiette lorsque un galop de cheval se fait entendre au milieu du sifflement
continu du vent et le vacarme de la pluie qui tombe sur l’auberge, et on frappe
&#xe0; la porte. Avant de me retourner pour voir qui vient encore, je jette un oeil
sur la jeune fille qui, vivement, s’est retourn&#xe9;e elle aussi et regarde la
porte. Nous &#xe9;changeons un regard, mais elle est toujours aussi peu encline &#xe0; me
consid&#xe9;rer, et je me tourne &#xe0; mon tour, &#xe9;vitant ainsi ses yeux noirs durs et
ac&#xe9;r&#xe9;s comme, j’imagine, la lame de son petit poignard...&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;Agrevin, ayant qu&lt;/font&gt;itt&#xe9; sa cuisine pour
accueillir le nouvel arrivant, ouvre la porte et un homme, d’un &#xe2;ge incertain,
maigre et &#xe9;bouriff&#xe9; comme un chat errant, les traits p&#xe2;les, le regard vitreux,
fait son apparition, tout d&#xe9;goulinant de pluie. Celui-ci non plus n’a pas l’air
commode... Les sourcils fronc&#xe9;s, les l&#xe8;vres pinc&#xe9;es, il marmonne tout bas
quelques phrases &#xe0; l’aubergiste qui se h&#xe2;te vers la sortie, resserrant le col
de sa chemise. L’homme, se d&#xe9;barrassant de sa cape noire, d&#xe9;couvre ses habits,
une tunique d’un beau cuir, mais compl&#xe8;tement us&#xe9;, une chemise de lin, qui
avait d&#xfb; &#xea;tre blanche, d&#xe9;chir&#xe9;e par endroits, et des bottes us&#xe9;es et encord&#xe9;es
afin de les maintenir sur la cheville... Ses cheveux longs, noirs, &lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;tombent
autour de son visage en petite m&#xe8;ches. Des cicatrices entaillent ses joues et
sa l&#xe8;vre inf&#xe9;rieure, se perdant dans une barbe de quelques jours. Il a des yeux
bleus, s&#xe9;v&#xe8;res, soulign&#xe9;s de cernes grises ressortant sur sa peau blanche. Il
marche au milieu de la pi&#xe8;ce d’un pas noble, les &#xe9;paules en arri&#xe8;re, le front
haut. A sa ceinture pend une grosse &#xe9;p&#xe9;e, dont la garde, admirablement bien
t&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;ravaill&#xe9;e, laisse pr&#xe9;sager une lame pr&#xe9;cieuse dans son fourreau. Une &#xe9;p&#xe9;e
telle que celle-ci ne se voit pas tous les jours, j’en d&#xe9;duis que son
propri&#xe9;taire, malgr&#xe9; le piteux &#xe9;tat dans lequel il se trouve, est un seigneur,
ou un voleur... D&#xe9;cid&#xe9;ment, me suis-je dit, ce l&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;ieu est propice &#xe0; des
rencontres inattendues... &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&#xab; Mon ami ! entends-je
dire Agrippa. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;L’homme,
dirigeant son regard vers le vieux mage, esquisse alors un sourire, grave, mais
affectueux. Il s’avance vers nous.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;/span&gt;&#xab; Agrippa ! s’exclame-t-il
d’une voix claire. Mon viei&lt;/font&gt;l ami !&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;A&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;gri&lt;/font&gt;ppa,
qui s’est lev&#xe9; pour aller &#xe0; sa rencontre, l’entoure de ses bras avec &#xe9;motion. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&#xab; Venez donc vous asseoir avec
nous ! Arp&#xe8;ge, laisse ta place &#xe0; mon ami, et viens t’asseoir pr&#xe8;s de
moi...&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Abandon&lt;/font&gt;nant contre mon gr&#xe9; la place qui
me permet d’observer le petit morceau de cuisse nu de la jolie demi-elfe qui
s’est retourn&#xe9;e vers son assiette, je m’assois sur le banc &#xe0; c&#xf4;t&#xe9; de mon
ma&#xee;tre, tandis que l’&#xe9;trange ami d’Agrippa prend ma place, jetant un regard
distrait &#xe0; la jeune fille avant de revenir, les yeux un peu moins s&#xe9;v&#xe8;res, sur
Agrippa.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&#xab; Mon cher apprenti, je te
pr&#xe9;sente le seigneur H&#xe9;lias de M&lt;/font&gt;o&lt;/font&gt;rtemer. H&#xe9;lias, voici Arp&#xe8;ge, &lt;/font&gt;mon
apprenti... &#xbb;&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
</description><pubDate>Sun, 04 Nov 2007 12:45:25 GMT</pubDate></item><item><title>Roman - 2. Premi&#xe8;re partie. Chapitre 1.</title><dc:creator>lescendresda</dc:creator><link>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2007/11/04/6767985.html</link><category>Romans</category><comments>http://lescendresda.canalblog.com/archives/2007/11/04/6767985.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lescendresda.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/6767985/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lescendresda.canalblog.com/archives/2007/11/04/6767985.html</guid><description>
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;PREMIERE
PARTIE : L’AUBERGE&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;em&gt;Chapitre
1 :La for&#xea;t ensorcel&#xe9;e&lt;/em&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;C’est ici qu’il faut commencer ce
r&#xe9;cit. J’ai quinze ans, et j’accompagne depuis trois ans maintenant mon ma&#xee;tre,
le vieux mage Agrippa, qui m’entra&#xee;ne avec lui dans &lt;/font&gt;toutes ses exp&#xe9;ditions,
afin de me faire go&#xfb;ter aux diff&#xe9;rentes formes de magie. Sa sp&#xe9;cialit&#xe9;, ce sont
les potions. Ce n’est pas ce qui est, je dois le reconna&#xee;tre, ce qu’il y a de
plus excitant dans la magie, mais c’est ainsi... Et nous p&#xe9;n&#xe9;trons alors, en ce
d&#xe9;but d’&#xe9;t&#xe9;, apr&#xe8;s trois longues journ&#xe9;es de cheval, dans une for&#xea;t que je ne
connais pas, pour aller faire une grande cueillette de plantes, pour une de ces
potions insipides et qui ne servent &#xe0; rien, du genre une potion qui donne &#xe0;
celui qui la boit cinq minutes de chaleur dans une r&#xe9;gion froide... Agrippa est
le sp&#xe9;cialiste des potions inutiles, c’est du moins comme cela que je le vois &#xe0;
cette &#xe9;poque, bien que ses pouvoirs m’aient surpris plusieurs fois les ann&#xe9;es
pr&#xe9;c&#xe9;dentes, et ne cesseront de me surprendre par la suite... L’inconv&#xe9;nient de
ces potions, c’est, comme toutes les potions, d’ailleurs, que les plantes qui
sont &#xe0; l’origine de leur fabrication sont toujours dans les endroits les plus
recul&#xe9;s, les plus sauvages, les plus dangereux... J’ai&lt;font size=&quot;1&quot;&gt; d&#xe9;j&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&#xe0; &lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;subi des voyages
ext&#xe9;nuants, dans des moites marais, ou des montagnes f&#xe9;roces pleines de
crevasses et de pr&#xe9;cipices... Mais l&#xe0;,&lt;/font&gt; c’est diff&#xe9;rent. La for&#xea;t dans laquelle
nous entrons est de toute beaut&#xe9;... &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Lorsque Agrippa, dix jours avant, m’a
arrach&#xe9; au meilleur des sommeils dans ma chambre douillette de ce qui nous sert
de demeure, en plein coeur de cette belle, cette somptueuse, cette illustre
cit&#xe9; d’Alican, en me disant qu’il fallait, de toute urgence, aller cueillir des
fleurs dans une for&#xea;t qui se trouve &#xe0; trois jours de cheval de mon doux lit,
j’ai bien cru qu’il avait perdu la raison, quej’allais le planter l&#xe0;, avec ses
lubies de vieillard s&#xe9;nile, mais en fait, bien s&#xfb;r, j’ai raval&#xe9; mon
indignation, et doux apprenti que je suis alors, humble devant celui qui sait
tout, alors que je ne sais rien, j’ai pr&#xe9;par&#xe9; mes affaires et l’ai retrouv&#xe9;
dans la cou&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;r, d&#xe9;j&#xe0; mont&#xe9; sur son cheval, et tenant le mien par les rennes.&lt;/font&gt;&lt;/font&gt; &lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;En chemin, alors que nous mettons nos
chevaux au pas, et que nous profitons, apr&#xe8;s deux journ&#xe9;es de chaleur dans les
plaines expos&#xe9;es au soleil qui longent la for&#xea;t, de la suave fra&#xee;cheur des
sous-bois, Agrippa me raconte l’histoire de cette for&#xea;t, qu’il d&#xe9;crit avec
beaucoup d’excitation comme une des plus belles for&#xea;ts qu’il ait jamais vues.
Pourtant, elle a v&#xe9;cu de tristes ann&#xe9;es... Se greffant dans sa base aux
montagnes de l’est, qui renferme dans son sein la sombre Cit&#xe9; des orques, Dracnidia,
creus&#xe9;e dans la roche, elle s’&#xe9;panouit &#xe0; l’ouest vers les douces plaines
d’Abylisse, qui m&#xe8;nent &#xe0; notre bonne vieille cit&#xe9; d’Alican. Au temps de la
guerre, la for&#xea;t servait de barrage naturel entre le territoire des orques et
le n&#xf4;tre. Les orques s’&#xe9;taient aventur&#xe9;s parfois, malgr&#xe9; la r&#xe9;putation maudite
qu’avait alors la for&#xea;t, envoyant des troupes dans l’espoir d’atteindre les
plaines qui menaient &#xe0; Alican. Mais la for&#xea;t les avait &#xe0; chaque tentative
englouties, absorb&#xe9;es, bref, les troupes disparaissaient les unes apr&#xe8;s les
autres, sans que personne ne sache comment...Notre roi avait lui aussi envoy&#xe9;
des troupes, dans l’espoir d’atteindre lui aussi ses ennemis qui peuplaient
Dracnidia, mais ces troupes royales n’&#xe9;taient jamais revenues... Car la for&#xea;t
ne servait qu’elle-m&#xea;me. Chaque faction se retrouvait donc impuissante face &#xe0;
cette for&#xea;t inviolable, et prot&#xe9;g&#xe9;e de ce fait... Il fallait alors aux deux
antagonistes faire pour s’affronter un immense d&#xe9;tour, et se risquer d’attaquer
&#xe0; d&#xe9;couvert, dans la nudit&#xe9; des plaines, car la &lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;for&#xea;t s’&#xe9;tendait jusqu’aux
marais, qu’il &#xe9;tait presque aussi dangereux de &lt;/font&gt;traverser... Furieux de se
retrouver ainsi bloqu&#xe9;s par une couronne de b&#xea;te verdure, les orques
d&#xe9;cid&#xe8;rent, sans m&#xe9;nagement, de br&#xfb;ler la for&#xea;t. Ils install&#xe8;rent des milliers
de brasiers &#xe0; chacune de ses entr&#xe9;es, et s’aidant de magie noire, ils firent
grossir les flammes jusqu’&#xe0; ce que la for&#xea;t soit cern&#xe9;e. L’incendie fit de
terribles ravages, la for&#xea;t s’embrasa presque enti&#xe8;rement, mais ce fut le
dernier crime commis par les orques... Car peu de temps apr&#xe8;s vint la
cohabitation, les deux factions ennemies firent enfin la paix, apr&#xe8;s des
si&#xe8;cles et des si&#xe8;cles de carnages. Celle que j’ai toujours connue... &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Agrippa, poursuivant son r&#xe9;cit, me
raconte alors que notre malheureuse for&#xea;t assassin&#xe9;e n’en resta pas l&#xe0;... Au
coeur de cette &#xe9;tendue de troncs calcin&#xe9;s, on d&#xe9;couvrit un lac, dont personne
n’avait connaissance auparavant. Et curieusement, autour du lac, l’incendie
s’&#xe9;tait arr&#xea;t&#xe9;... Trop rapidement, disent certains, la nature avait repris ses
droits, la v&#xe9;g&#xe9;tation avait comme ressuscit&#xe9;. Les arbres s’&#xe9;taient mis &#xe0;
pousser d’abord autour du lac, puis de plus en plus loin. Et en l’espace d’une
vingtaine d’ann&#xe9;es –c’est du moins ce qu’on a racont&#xe9; &#xe0; Agrippa - elle avait
retrouv&#xe9; toute sa vigueur. Mais quelque chose en elle avait chang&#xe9;. Agrippa me
fait alors partde ses r&#xe9;flexions &#xe0; ce sujet. Selon lui, &#xe0; l’origine, on aurait
ensorcel&#xe9; notre belle for&#xea;t, pour il ne sait quelle obscure raison, de fa&#xe7;on &#xe0;
ce que personne ne puisse y p&#xe9;n&#xe9;trer, sous peine d’y laisser sa vie, mais que
l’incendie et la magie noire utilis&#xe9;e par les orques avaient d&#xfb; interf&#xe9;rer dans
cette mal&#xe9;diction, ce qui aurait caus&#xe9; l’annulation de ces deux mal&#xe9;fices. Le
lac, d&#xe9;barrass&#xe9; des mauvaises ondes qui le paralysaient, aurait alors pu
lib&#xe9;rer les ondes magiques et bienfaitrices qu’il poss&#xe9;dait depuis toujours
mais qui avaient &#xe9;t&#xe9;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;emprisonn&#xe9;es par
l’ancienne mal&#xe9;diction, et avait aid&#xe9; la for&#xea;t &#xe0; rena&#xee;tre de ses cendres,
d&#xe9;ployant autour de lui une beaut&#xe9; enchanteresse... Cela faisait de notre for&#xea;t
l’un des lieux les plus charg&#xe9;s de puissances magiques.&lt;font size=&quot;1&quot;&gt; Des cercles de ch&#xea;nes
d&#xe9;limitaient des clairi&#xe8;res, et l’air &#xe9;tait comme &#xe9;lectrique... &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt; &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;Lorsqu’on arrive, comme nous l’avons
fait, des plaines d’Abylisse, on suit pour la retrouver un chemin qui va en
r&#xe9;tr&#xe9;cissant jusqu’au sommet d’une colline. Arriv&#xe9; en haut de cette colline, on
aper&#xe7;oit en contrebas la for&#xea;t, qui s’&#xe9;tend comme un mur de feuillages dense
jusqu’aux montagnes lointaines. Elle ondule sur un paysage vallonn&#xe9;, se perd
par endroit pour r&#xe9;appara&#xee;tre plus loin, longeant les longs coteaux qui
terminent la belle r&#xe9;gion d’Abylisse. Lorsque l’on descend la colline, on la
voit bient&#xf4;t envelopper le paysage, et soudain il n’y a plus autour de nous que
sa sombre verdure, qui nous attire &#xe0; elle. Puis on y est... Les grands arbres
se dressent, majestueusement, vers le ciel, sto&#xef;ques comme des soldats qui
gardent un temple grandiose. Puis &#xe0; mesure qu’on avance, elle devient plus
exub&#xe9;rante, avec par endroits de douces clairi&#xe8;res qui cr&#xe9;ent au milieu des
broussailles d’&#xe9;clatants puits de lumi&#xe8;re... le chemin, qui file dans ces
touffes d’arbres fouillis comme une rivi&#xe8;re, est rest&#xe9; intacte. Par moments,
l’air est charg&#xe9; d’une humidit&#xe9; &#xe9;touffante, puis l’instant d’apr&#xe8;s, les ramures
des arbres remontent bien haut, cr&#xe9;ant de leur dense feuillage un toit d’ombre
rafra&#xee;chissant. Je n’ai que quinze&lt;font size=&quot;1&quot;&gt; ans, &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;et la nature est pour moi la m&#xea;me un
peu partout... un arbre est un arbre, un pr&#xe9; est un pr&#xe9;... Mais je suis en
y&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;p&#xe9;n&#xe9;trant comme un enfant qui d&#xe9;couvre
un monde f&#xe9;&#xe9;rique... tout me para&#xee;t irr&#xe9;el, trop beau, trop parfait, et je ne
sais expliquer ce qui me donne cette impression. Il y a une harmonie, un rythme
magnifique qui transcende ces bois en une succession de tableaux tous plus
beaux les uns que les autres. Je sens malgr&#xe9; moi une &#xe9;motion grandir en moi,
qui me submerge jusqu’aux larmes... bref, je suis dans l’extase la plus pure,
moi, &lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Arp&#xe8;ge, pas mystique pour deux sous... Puis, je vois soudain, entre les
arbres, une forte lumi&#xe8;re tel un br&lt;/font&gt;asier qui consume les arbres devant nous. Je
me dis que ce doit &#xea;tre une clairi&#xe8;re, encore une, mais la lumi&#xe8;re qu’elle
d&#xe9;gage est trop forte... Agrippa, les yeux brillants, presse alors le pas de
son cheval et quittant le chemin, il file en direction de ce ph&#xe9;nom&#xe8;ne... bien
intrigu&#xe9;, je suis mon ma&#xee;tre avec inqui&#xe9;tude, et enfin, je le vois,&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;pour la premi&#xe8;re fois... Le lac s’offre &#xe0; mes
yeux &#xe9;berlu&#xe9;s...&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;Il est l&#xe0;, devant moi, luisant sous le
soleil tel un diamant, la for&#xea;t &#xe9;tant son &#xe9;crin... Sa surface, lisse, am&#xe8;ne &#xe0;
lui les rayons du soleil, et c’est comme si un soleil s’&#xe9;tait repos&#xe9; l&#xe0;, dans
les bois paisibles. Je ne sais si c’est cette lumi&#xe8;re, aveuglante, ou bien
l’&#xe9;motion d’un spectacle si beau, mais mes yeux s’emplissent de larmes, que je
tente de d&#xe9;rober aux regards de mon ma&#xee;tre. Mais &lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Agrippa est ailleurs, lui
aussi... Descendu de son cheval, il s’est agenouill&#xe9; devant le lac en
esquissant le plus radieux de&lt;/font&gt;s sourires, si tant est qu’on puisse voir un sourire
dans sa grosse barbe grise, et il &#xe9;nonce avec beaucoup d’enthousiasme :&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;- Mon cher Arp&#xe8;ge, je te p&lt;/font&gt;r&#xe9;sente le
lac Cristal !&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Le fait qu’il utilise cette voix
c&#xe9;r&#xe9;monieuse, comme s’il me pr&#xe9;sentait une de ses relations i&lt;/font&gt;mportantes, un
prince, ou un roi, ou un Grand-Mage, me fait sourire l’espace d’une demie
seconde, puis&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;je me range &#xe0; son
initiative, et descendant de cheval, je m’assois pr&#xe8;s de mon ma&#xee;tre, face &#xe0; la
grandeur et la somptuosit&#xe9; de cette formidable apparition, essayant de calmer
ma respiration qui me soul&#xe8;ve le coeur...&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Je ne sais combien de temps dure notre
contemplation. Quelques minutes, tout au plus, mais en me relevant peu apr&#xe8;s
Agrippa, j’ai l’impression d’avoir grandi. Les contours de mon corps me
semblent &#xe9;trangers... Je tremble, alors qu’il fait une chaleur &#xe9;touffante, et
la t&#xea;te me tourne. Ces sympt&#xf4;mes, je les vivrai par la suite des centaines,
peut-&#xea;tre des milliers de fois... Mais &#xe0;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt; l’&#xe9;poque, je ne sais pas encore ce
qu’ils signifient...&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt; &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;Nous retrouvons nos montures qui se
sont tenues sur le chemin en nous attendant, broutant les quelques herbes qui
passent &#xe0; leur port&#xe9;e, mais Agrippa, tenant son cheval par les rennes &lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;continue
le chemin &#xe0; pied. Me disant que c’est peut-&#xea;tre une sorte de p&#xe8;lerinage, je&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;le suis de la m&#xea;me fa&#xe7;on, essayant de calmer
les battements pr&#xe9;cipit&#xe9;s de mon coeur... Le chemin longe d’assez loin la
courbe du la&lt;/font&gt;c, puis s’en rapproche sensiblement. J’aper&#xe7;ois alors, entre le lac
et nous, une b&#xe2;tisse, que je ne peux encore identifier &#xe0; cause des arbres qui
m’emp&#xea;chent de la voir. Nous arrivons &#xe0; l’embranchement d’un autre chemin, qui
nous ram&#xe8;ne vers le lac, et je peux enfin d&#xe9;couvrir, au bout de ce chemin ce
qui l’instant d’avant s’est d&#xe9;rob&#xe9; &#xe0; mes yeux.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;La b&#xe2;tisse qui se trouve devant moi
&#xe9;tait assez curieuse, en plus du fait qu’elle &#xe9;tait l&#xe0;, seule, isol&#xe9;e en plein
coeur de la for&#xea;t. Elle ne ressemble &#xe0; rien de ce que je connais. Je reconnais
avec &#xe9;tonnement dans son architecture certaines caract&#xe9;ristiques d’un temple
elfique, avec ses colonnes, son fronton imposant qui se devine sous une &#xe9;paisse
couche de lierre... Et pourtant, aux dires d’Agrippa &#xe0; cet instant, il ne peut
y avoir eu d’elfes dans cette partie du monde... c’est encore une des
curiosit&#xe9;s de la for&#xea;t, qui garde en elle les r&#xe9;ponses &#xe0; tous ces myst&#xe8;res...
Entre les colonnes et les murs de grosses pierres blanches mont&#xe9;es par des
mains d’elfes, d’autres mains ont mont&#xe9; de solides poutres noueuses et des murs
de torchis... Quelqu’un a apparemment eu l’audacieuse id&#xe9;e de construire une
sorte de chaumi&#xe8;re sur les bases d’un temple dont les ruines ont servi pour
soutenir et renforcer la structure nouvelle. Et cela donne &#xe0; l’ensemble un
aspect plut&#xf4;t bizarre. Les grandes pierres blanches se marient tant bien que
mal aux poutres tordues et les colonnes soutenant le fronton cr&#xe9;ent un portique
digne d’un temple, ce qui tranche avec les grosses tuiles qui recouvrent le
toit l&#xe9;g&#xe8;rement tordu.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt; &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;Autour de ce curieux &#xe9;difice, une
ceinture d’arbres s’amincit et laisse place au lac, qui p&#xe9;tille sous le soleil
et &#xe9;claire d’une lumi&#xe8;re diffuse un des murs de la b&#xe2;tisse de laquelle nous
approchons. Sous le portique grandiose, j’aper&#xe7;ois un homme, qui attend l&#xe0;, et
nous regarde venir vers lui. C’est Agrevin, et l’&#xe9;trange b&#xe2;tisse dans laquelle
il nous invite &#xe0; p&#xe9;n&#xe9;trer est son auberge.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;Agrevin vit ici depuis maintenant de
longues ann&#xe9;es, alors que la paix bien install&#xe9;e fait de la route f&lt;/font&gt;oresti&#xe8;re
que nous avons prise le chemin le plus rapide pour atteindre Dracnidia, et de
ce fait est emprunt&#xe9;e par un certain nombre de personnes de tous genres et de
toutes origines, des voyageurs, des mercenaires, des marchands... pas assez
pour faire d’Agrevin un homme riche, mais suffisamment pour qu’il puisse rester
vivre l&#xe0;, pr&#xe8;s du lac... Notre &lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;aubergiste n’est pas un homme d’affaire... il
&#xe9;tait tomb&#xe9; un jour nez &#xe0; nez avec le lac, et comme une illumination, il avait
commenc&#xe9; &#xe0; construire son auberge, malgr&#xe9; les protestations muscl&#xe9;es de sa
femme et de ses filles. Il avait alors tout abandonn&#xe9;, son m&#xe9;tier de
charpentier, sa ville, ses amis et avait tra&#xee;n&#xe9; toute sa famille dans son
&#xab; petit coin de paradis &#xbb;. Puis, ses filles &#xe9;taient parties se
marier, et sa femme, malade de solitude, se rendant compte qu’il ne r&#xe9;pondrait
jamais &#xe0; ses supplications, &#xe9;tait partie rejoindre ses filles. Mais il &#xe9;tait
rest&#xe9;, solide comme le roc, disant &#xe0; qui voulait l’entendre qu’il &#xe9;tait ici &#xe0;
sa place, et que personne n’y changerait rien. A bien y r&#xe9;fl&#xe9;chir, Agrevin
&#xe9;tait en quelques sortes le gardien du lac... &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;Agrippa conna&#xee;t cet endroit et cet
homme depuis vingt ans, depuis qu’il avait d&#xe9;couvert, au hasard de ses voyages,
le lac et ses multiples vertus, notamment la sublime diversit&#xe9; des herbes
rares, des fleurs, qui poussent tout autour de lui, ou les substances
pr&#xe9;cieuses que renferme son eau.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;Devant cet homme affable, nous entrons
dans l’auberge, et je d&#xe9;couvre avec un certain amusement la grande salle
commune, vide, dont les petites fen&#xea;tres laissent pourtant entrer en plein la
lumi&#xe8;re du soleil qui se refl&#xe8;te sur le lac. Les tables sont diss&#xe9;min&#xe9;es dans
toute la pi&#xe8;ce, sans grande coquetterie. La seule beaut&#xe9; du lieu r&#xe9;side, mis &#xe0;
part &#xe9;videmment le lac qui para&#xee;t se pencher aux fen&#xea;tres, dans une immense
chemin&#xe9;e, l&#xe9;g&#xe8;rement sur&#xe9;lev&#xe9;e, que le propri&#xe9;taire des lieux a eu la bonne
id&#xe9;e d’&#xe9;riger au milieu de la pi&#xe8;ce, cr&#xe9;ant un centre chaleureux, m&#xea;me si &#xe0;
cette heure, aucune flamme ne l’&#xe9;claire, au milieu de ces tables o&#xf9; sont plac&#xe9;s
pauvrement un pichet, une sali&#xe8;re et un petit vase &#xe9;br&#xe9;ch&#xe9;s o&#xf9; ont &#xe9;t&#xe9;
n&#xe9;gligemment d&#xe9;pos&#xe9;s quelques petites fleurs &#xe0; moiti&#xe9; fan&#xe9;es.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;Nous menant aux chambres, Agrevin nous
demande ce que nous souhaitons manger, et mon regard s’illumine... Je vais
enfin manger correctement, et la chambre dans laquelle je p&#xe9;n&#xe8;tre, m&#xea;me d&#xe9;nu&#xe9;e
de la moindre touche d&#xe9;corative, me para&#xee;t la plus charmante des chambres.
Laissant Agrippa rejoindre la sienne, je m’installe confortablement sur le lit
qui me tend les bras, puis, me d&#xe9;lectant de ces lieux, je vais voir &#xe0; la petite
lucarne qui me sert de fen&#xea;tre. Au milieu des feuillages des arbres qui se
dressent devant moi, le lac scintille dans une derni&#xe8;re lueur, abandonn&#xe9; peu &#xe0;
peu par le soleil qui poursuit sa course vers d’autres merveilles... Tout
devrait nous sourire dans un cadre aussi enchanteur...&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
</description><pubDate>Sun, 04 Nov 2007 12:41:00 GMT</pubDate></item></channel></rss>