les cendres d'A

blog littéraire

06 novembre 2007

Roman - 6. Première partie. Chapitre 5.

 Chapitre cinq : Une nuit atroce

 

 

 Claquant la porte derrière moi, je sens mon coeur se serrer. Fou de rage, je jette la bague contre le mur, et m’effondre sur le sol. Quelle déception ! Lui qui se dit être ma seule famille, comment ose-t-il me laisser ainsi dans l’ignorance ! Tout à ma rage, je contemple le sol à la recherche de cette bague, qui me plonge soudain dans une solitude désespérante. Je ne la vois plus ! Affolé, je cherche à tâtons sur le sol. Elle a dû glisser sous le lit. Je me penche, tendant le bras pour l’atteindre. Et soudain, une poigne se resserre sur mon bras, et une voix de femme, presque un murmure, l’accompagne :

         « Ne crie pas, sinon je te coupe la main !

Rapide comme l’éclair, la jeune femme, que je reconnais aussitôt, sort de sa cachette, plus agile qu’un chat, tout en me tenant le bras de sa main, petite, mais musclée. Accroupie devant moi, elle sourit d’une manière peu amicale.

 « Alors, tu as des petits soucis ? Cela n’est rien à côté de ceux qui t’attendent si tu ne fais pas exactement ce que je te dis de faire... »

 Terrorisé, je contemple mon bourreau. Elle me paraît encore plus jolie qu’en bas! Ses grands yeux noisette me transpercent, et ce petit sourire narquois donne à son visage un air tout à fait charmant.

 « Cela ne m’enchante guère, mais nous allons devoir partager la même chambre. Ces nigauds de soldats n’ont pas réussi à me trouver, mais ils ne vont pas s’arrêter là. Si tu ouvres la bouche sans mon autorisation, je transperce ta jolie petite gorge... c’est clair ? »

Sans dire un mot, j’acquiesce. Elle pointe son poignard sur ma gorge, ma jolie gorge, a-t-elle dit... En disant cela, elle a approché son visage du mien, presque à le toucher. Je peux sentir l’odeur de ses cheveux, un mélange d’ambre et de musc, et son haleine me chauffe la peau. Ses grands yeux me transpercent. Elle ne sourit plus du tout, et pourtant ce regard menaçant ne change rien à sa beauté, au contraire. Cette méchanceté, cette hargne lui donne un air de bête sauvage, qui la rend encore plus séduisante. Je n’ose respirer... Ma baguette n’est pas loin, je pourrais m’en servir pour la rendre inoffensive, si elle me laisse le temps d’invoquer un sort d’emprisonnement. Mais d’une part, c’est peut-être risqué, car elle paraît tout de même assez rapide, et d’autre part, je suis assez intéressé à l’idée de passer la nuit avec elle. Je me surprends à penser que quelques enchantements bien placés pourraient la rendre aussi docile qu’un agneau... Mais suivant mon regard, elle aperçoit la baguette, et s’en empare en un clin d’oeil.

 « Tu es une saleté de mage, hein ? Tu complotais quelque chose contre moi ? Peut-être même es-tu en train d’invoquer un sort ? glapit-elle en enfonçant la petite lame de son poignard dans la peau de mon cou.

        -Non, je vous assure ! je serais incapable de rien faire sans ma baguette ! Je ne suis qu’un apprenti, seuls les mages d’une grande adresse sont capables d’une telle prouesse !

 - Comme le vieux mage qui était avec toi en bas ?

 - Non, même Agrippa en serait incapable... Seuls les mages guerriers savent faire cela...

    - les mages guerriers... Ces saloperies qui balancent des tornades et des éclairs ? Bon, peu importe... Tu as l’air de me dire la vérité... Mais je ne veux pas prendre de risque... Il est temps que tu fasses dodo... Mais avant, je vais te faire une confidence...

Elle s’approche tout près, et je tremble de ce qu’elle va me faire.

 « Je suis allergique aux mages ! »

Avec le pommeau de son poignard, elle m’assène un grand coup sur le crâne, et je sombre dans le noir le plus total. Avant de m’effondrer, je l’entends ricaner.

 Quelques heures plus tard, je reprends conscience. J’ai très mal à la tête. Il fait noir. C’est la nuit. Je me lève péniblement, ma chambre est plongée dans l’obscurité, et la belle est partie. Je sors de ma chambre. Tout est calme et silencieux. En bas, il n’y a personne, j’ai du mal à marcher parce qu’on ne voit rien. La tête me tourne, je suffoque, une sueur glacée coule sur mon front. Serais-je en train de mourir ? Posant une main sur ma tête, je peux constater que je ne saigne pas. Alors d’où me vient cette douleur ? J’ai soudain très mal au ventre. Je cours jusqu’à la porte de l’auberge, que j’ouvre violemment. Dehors, le vent me rafraîchit un instant. Deux soldats montent la garde. A ma vue, ils s’approchent de moi, mais je les vois à peine. Une douleur affreuse s’empare de mon ventre, et je me tords en deux. Les deux soldats me relèvent, et j’essaie de leur dire que la demi-elfe est dans l’auberge, et qu’elle m’a peut-être empoisonné, mais les mots restent coincés dans ma gorge. J’halète, je suffoque, mes yeux se troublent. La douleur dans mon ventre est trop forte, trop forte, je me mets à hurler... devant mes yeux, je vois danser les arbres dans le vent, qui est toujours aussi fort, et les arbres se métamorphosent en deux monstres noirs, affreux, gigantesques, qui lancent dans le ciel des cris perçants, des cris terribles, inhumains, inaudibles, des cris qui transpercent mes oreilles, ou est-ce le vent qui siffle ainsi ? il semble que ces cris vont faire exploser ma tête... et cette douleur, cette douleur qui me lance dans les entrailles, je me mets à vomir, et j’entends vaguement les soldats qui tentent de me ramener à l’intérieur de l’auberge. Je les regarde de mes yeux hagards, et leurs traits se brouillent, je ne les vois plus, tout disparaît dans un épais brouillard...

 Soudain je ne vois qu’un grand mont qui s’élève sur un ciel rouge, au milieu d’une étendue pierreuse, et pas une herbe, pas un arbre ne perturbe cette monotonie de pierres grises et noires. Une clarté diffuse semble venir du sol. J’ai soudain très chaud. Le sol fume tout autour de moi. Je gravis le mont où la chaleur est encore plus forte. Je monte, je monte, et soudain, tout en haut, je peux voir un trou béant qui plonge loin dans les profondeurs de la terre... je vais me jeter dans ce précipice fumant, si je ne m’arrête pas, mais je continue à marcher, alors je me débats, non ! non ! mais je suis toujours en train d’avancer, je ne peux pas m’arrêter, quelque chose m’attire là, vers ce précipice, ce précipice tout noir, dont le fond rouge me brûle le visage, c’est un volcan, et ce volcan va s’ouvrir ! et les cris, les cris stridents retentissent de plus belle, elles me vrillent les tympans. Je vois alors surgir du gouffre quatre silhouettes, noires, immenses, des ombres qui dansent dans la fumée, qui s’avancent vers moi, et je tombe, je tombe en hurlant dans le précipice, je suis dans la fumée, je ne vois plus que du gris, mes cheveux brûlent, mes habits brûlent, tout mon corps n’est plus qu’une torche vivante, et je plonge dans la lave, mon corps se désintègre, et c’est le noir, le froid de la mort, je suis mort !! et des cris stridents résonnent encore en moi dans la mort...

 

 Je respire de nouveau. Plus aucun cri ne résonne en moi. J’ouvre les yeux. Je suis allongé sur le lit de ma petite chambre, à l’auberge. Agrippa, sur une chaise, ronfle doucement. Dehors, il fait jour. Une belle lumière inonde la pièce. Le soleil est revenu, et moi aussi...

Posté par lescendresda à 11:22 - Romans - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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